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La Besace
 Livre I - Fable 7

C’est Avianus (*) avec « La Guenon et Jupiter » qui a fourni à La Fontaine  l ’inspiration de cette fable. Baudoin l’écrira à son tour en français (« Du Singe et de ses Enfants »). La Fontaine se tournera vers Phèdre (IV, 10) pour l’image donnant son titre à la fable. Dans la version d’Avianus, Jupiter veut que tous les animaux paraissent devant lui afin de déterminer lequel a les plus beaux petits.
Le loup de la fable 6 n’avait pas de maître. Ici, les animaux en prennent un qui, loin de les protéger efficacement, les tyrannise.
(*) Avianus est un auteur latin du premier siècle après Jésus-Christ. Il a mis en latin les fables d’Esope. Son œuvre, perdue depuis le IXe siècle, a été retrouvée à la fin du XVIe siècle puis traduite en français par Pierre Pithou, un érudit français. La Fontaine s’en inspirera largement. (D’après La Fontaine - Fables », Edition préfacée et commentée par Pierre Clarac - notes de Marie-France Azéma ; éditions ‘Le Livre de Poche’, n° 1198, 1996, p. 29).

Jupiter  dit un jour: «Que tout ce qui respire
S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur:
Si dans son composé quelqu'un trouve à redire,
            Il peut le déclarer sans peur;
            Je mettrai remède à la chose.
Venez, singe; parlez le premier, et pour cause.
Voyez ces animaux, faites comparaison
            De leurs beautés avec les vôtres.
Etes-vous satisfait? - Moi? dit-il; pourquoi non?
N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres?
Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché;
Mais pour mon frère l'ours, on ne l'a qu'ébauché:
Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre."
L'ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre.
Tant s'en faut: de sa forme il se loua très fort;
Glosa sur l'éléphant, dit qu'on pourrait encor
Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles;
Que c'était une masse informe et sans beauté.
            L'éléphant étant écouté,
Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles:
            Il jugea qu'à son appétit
            Dame baleine était trop grosse.
Dame fourmi trouva le ciron trop petit,
            Se croyant, pour elle, un colosse.
Jupin les renvoya s'étant censurés tous,
Du reste contents  d'eux.
Mais parmi les plus fous
Notre espèce excella; car tout ce que nous sommes,
Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous,
Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes:
On se voit d'un autre oeil qu'on ne voit son prochain.
            Le fabricateur souverain
Nous créa besaciers  tous de même manière,
Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui:
Il fit pour nos défauts la poche de derrière,
Et celle de devant pour les défauts d'autrui.

La Besace: Désigne la double poche du bissac (« Bissac n. m. (XVe siècle du latin bis, deux fois, et sac). Sac fendu en long par le milieu et dont les extrémités forment deux poches. » - « Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française », tome 1, Paul Robert, Société du Nouveau Littré, 1965, p. 484).

Jupiter est le père et le roi des dieux dans la mythologie romaine. Il est représenté ici sous les traits du créateur. On l’assimile au Zeus grec.

Dans son composé: Dans sa nature.

Glosa: Critiqua.

A son appétit: A son goût.

Le ciron: Acarien fréquemment évoqué par Pascal pour représenter le plus petit être visible. On le trouve sur les détritus, croûtes de fromages, farines,...

Jupin: Nom familier de Jupiter (fréquent chez La Fontaine).

Contents: L’édition de 1668 écrit « content », ce qui est une faute nette. En effet, comment le créateur peut-il être content de ces fous ? L’édition de 1678 écrit elle aussi « content » mais corrige en « contents » dans ses errata.

Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous: L’opposition entre la vue perçante du lynx et celle, très limitée, de la taupe, se trouve, avant La Fontaine, chez Rabelais (« Tiers-Livre », chapitre XV).

Besaciers: Porteur d’une besace (ici, à deux poches, un bissac). Voir Plutarque « La Vie des Hommes illustres » « ... Esope avait été bien sage quand il dit que les hommes portaient chacun à leur cou une besace, et que dans la poche de devant ils mettaient les fautes d’autrui, et dans celle de derrière les leurs propres. » (« Vie de Crassus », LXI ; t. 2, p. 96).

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W. Aractingi 100 x 100 cm, Juillet 1994