Pourquoi dit-on « avoir le béguin » ? Origine médiévale

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Qui n’a jamais eu le béguin pour quelqu’un sans se demander pourquoi ce mot évoque un coup de cœur ? L’origine de « avoir le béguin » plonge ses racines au XIIe siècle, lié aux béguines, ces femmes pieuses portant une coiffe distinctive, fondées par Lambert le Bègue. De symbole de dévotion religieuse, le terme a glissé vers un sens amoureux, marqué par l’argot des maisons closes du XIXe siècle, où il désignait un attachement risqué. Découvrez comment cette expression, entre mystique et sulfure, est devenue un classique de nos émotions modernes.

En bref : L’expression « avoir le béguin » vient du XIIe siècle où le béguin était la coiffe des béguines, femmes pieuses. Réactivée au XIXe dans les maisons closes, elle est devenue synonyme d’attirance vive et passagère, illustrant un parcours inattendu entre dévotion religieuse et trouble amoureux.

  1. Que signifie l’expression « avoir le béguin » ?
  2. L’origine médiévale : du béguin des béguines à l’amour
  3. Du sens littéral au sens figuré : l’évolution sémantique
  4. La renaissance inattendue de l’expression au XIXe siècle
  5. Le béguin aujourd’hui : entre « crush » et amour passager
  6. Ce qu’il faut retenir sur l’origine du béguin

Que signifie l’expression « avoir le béguin » ?

Être sous le charme, tomber amoureux, ou sentir son cœur qui bat la chamade… Voilà ce que cache l’expression avoir le béguin, utilisée depuis le XVIIIe siècle. Elle évoque une attirance soudaine, souvent passagère, pour une personne.

Son origine médiévale, pourtant, surprend : remontons le temps jusqu’aux béguines, ces femmes semi-religieuses du XIIe siècle. Leur coiffe, le « béguin », symbolisait une dévotion totale à Dieu. Comment ce symbole austère est-il devenu synonyme de passion amoureuse ?

La langue française regorge d’expressions farfelues, et parmi les expressions françaises farfelues, « avoir le béguin » cache une histoire riche. Découvrons ensemble son parcours improbable, du couvent au langage courant !

Illustration historique du béguin médiéval et de son évolution vers le sens amoureux

L’origine médiévale : du béguin des béguines à l’amour

La coiffe des femmes pieuses

Le mot « béguin » désignait à l’origine une coiffe en toile portée par les béguines, des femmes semi-religieuses du XIIe siècle. Ces communautés non cloîtrées, sans vœux définitifs, se consacraient à Dieu et aux œuvres de charité. Leur tenue, sobre et fonctionnelle, reflétait un idéal d’humilité et de détachement matériel. Symboliquement, cette coiffe marquait une rupture avec les attentes sociales traditionnelles, offrant une autonomie rare pour les femmes de l’époque.

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Lambert le Bègue et la naissance du mouvement

Le prêtre Lambert le Bègue, actif à Liège au XIIe siècle, est lié à l’émergence du mouvement béguinal. Bien qu’il ne soit pas son fondateur, ses prêches rigoristes ont inspiré de nombreuses femmes pieuses. On lui attribue une capacité à susciter une ferveur intense, poussant ses adeptes à « s’embéguiner » – adopter la coiffe comme marque d’abandon à Dieu.

Le béguin était bien plus qu’un simple couvre-chef ; il symbolisait pour ces femmes une dévotion totale à Dieu, un engagement visible de leur foi ardente.

Ce lien entre couvre-chef et foi passionnée a progressivement évolué. Le terme, d’abord associé à l’humilité chrétienne, est devenu un symbole de pudeur amoureuse, où l’on « cache son cœur » comme on dissimule ses cheveux sous une coiffe.

Du sens littéral au sens figuré : l’évolution sémantique

Quand « s’embéguiner » change de sens

Le verbe « s’embéguiner » évoque d’abord un geste concret : se coiffer d’un béguin, cette coiffe en toile des béguines. Au XIIe siècle, ce mot s’attache à un mouvement spirituel féminin. L’expression glisse ensuite vers un usage argotique, désignant une obsession amoureuse excessive. Être « embéguiné » de quelqu’un signifie alors avoir cette personne en tête de façon envahissante, comme si elle était devenue une seconde coiffe, visible ou non.

L’apparition du « béguin à l’envers »

L’expression « avoir le béguin à l’envers », attestée au XVIe siècle, illustre cette transition. Elle décrit un état de confusion mentale, comme si l’esprit était chamboulé, la coiffe symbolique retournée. Ce sens s’explique par le contraste entre la pureté exigée des religieuses et leurs éventuelles pensées « impures », perturbant leur apparence ordonnée. Cette idée de désordre intérieur renforce la connotation de déviation du modèle initial.

  • Sens littéral : Le verbe « s’embéguiner » signifie se couvrir la tête avec un béguin.
  • Premier sens figuré : « S’embéguiner de quelqu’un » veut dire s’enticher, être obsédé par une personne.
  • Expression dérivée : « Avoir le béguin à l’envers » signifie avoir l’esprit complètement troublé.
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La renaissance inattendue de l’expression au XIXe siècle

Après plusieurs siècles d’oubli, l’expression « avoir le béguin » refait surface dans un contexte inattendu : les maisons closes du XIXe siècle. À cette époque, de nombreuses loueuses de charmes, souvent originaires de milieux ruraux, connaissaient encore cette ancienne référence médiévale.

Dans cet univers clandestin, le terme désigne alors une situation paradoxale : une prostituée développant des sentiments sincères pour un client. Cet attachement sentimental, hors cadre professionnel, devenait un risque pour leur métier.

C’est dans l’argot des maisons closes que l’expression renaît, désignant l’attachement sentimental et souvent malheureux d’une femme pour un client, un « béguin » professionnellement dangereux.

Cette réutilisation ironique du terme, mêlant tradition religieuse oubliée et réalité sociale contrastée, marque un tournant. À partir de ce contexte sulfureux, l’expression s’évaporera vers un usage courant, élargissant son sens à tout amour passager, sans connotation professionnelle. Ainsi, l’ancienne coiffe médiévale devient métaphore d’un trouble amoureux moderne.

Le béguin aujourd’hui : entre « crush » et amour passager

Si l’expression avoir le béguin garde sa connotation romantique, elle est souvent perçue comme un peu désuète. Les générations plus jeunes préfèrent désormais avoir un crush, emprunté à l’anglais. Pourtant, l’idée reste la même : une attirance vive et passager, souvent sans lendemain.

À ne pas confondre avec la biguine, danse antillaise née au XIXe siècle, le béguin amoureux n’a aucun lien avec cette culture musicale. La confusion provient parfois de l’étymologie incertaine de « biguine », parfois associée au verbe « embéguiner » (s’enticher), mais les deux termes évoluent dans des univers distincts.

Tableau comparatif des expressions amoureuses
Terme Signification Nuance/Contexte
Avoir le béguin Ressentir une attirance vive et soudaine Passionnée mais éphémère. Connotation charmante et vieillotte
Avoir un crush Porter un intérêt amoureux, souvent secret Anglicisme moderne. Peut être platonique ou à distance
Être amoureux(-se) Éprouver un amour profond et durable Implique un engagement et une connexion émotionnelle forte
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Comme l’expression être au bout du rouleau décrit un état d’épuisement, avoir le béguin incarne à merveille cette effervescence émotionnelle. Si le terme garde un parfum d’ancien, son usage persiste pour évoquer ces coups de cœur éphémères qui font battre le cœur.

Ce qu’il faut retenir sur l’origine du béguin

Derrière cette expression séculaire se cache une évolution surprenante. Le trouble amoureux d’aujourd’hui s’ancre dans une coiffe religieuse du XIIe siècle, portée par les béguines, femmes engagées dans la spiritualité sans vœux religieux.

Le verbe « s’embéguiner » désignait à l’origine le geste de se coiffer. Son sens dérive au XVIe siècle avec « avoir le béguin à l’envers », symbolisant un esprit troublé, bouleversé.

Au XIXe siècle, le terme revient dans l’argot des maisons closes, décrivant un attachement amoureux. Il s’impose comme expression courante pour une attirance vive et éphémère.

  1. XIIe siècle : Le béguin est la coiffe des béguines, symbole de vie spirituelle.
  2. XVIe siècle : « Avoir le béguin à l’envers » signifie être désorienté, troublé.
  3. XIXe siècle : L’argot des maisons closes utilise « avoir le béguin » pour un attachement amoureux.
  4. Aujourd’hui : « Avoir le béguin » décrit une attirance soudaine et passagère.

L’expression « avoir le béguin » traverse siècles et sens : du XIIe (coiffe des béguines) au XIXe (maisons closes), pour désigner aujourd’hui une attirance vive et passagère.

  • XIIe : Coiffe religieuse
  • XVIe : Sens figuré pour l’amour
  • XIXe : Revival dans les maisons closes
  • Aujourd’hui : Attraction éphémère
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