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Les deux Mulets
 Livre I - Fable 4

Cette fable s’inspire de Phèdre (III, 7 « Les Mulets et les Voleurs »). En voici le texte « Deux mulets chargés chacun d’un pesant fardeau marchaient ensemble dans un même chemin. L’un portait des sacs d’ argent, l’autre d’orge. Ce premier, comme portant un fardeau si riche, marchait la tête levée, secouant et faisant retentir la clochette qu’il avait à son cou. L’autre le suivait derrière, marchant à petit pas et à petit bruit. Cependant des voleurs qui étaient en embuscade viennent tout d’ un coup fondre sur eux, et parmi le choc et la tuerie, percent ce premier mulet à coups d’épée, pillent tout l’argent qu’il portait, et laissent l’ orge de l’autre comme étant de nul prix. Celui donc qui avait été volé déplorant son malheur, l’autre lui dit «Certes, je me réjouis du mépris qu’on a fait de moi, puisque je n’ai rien perdu et que je n’ai pas été blessé. » (traduction de Sacy).
La fable précédente nous présentait une grenouille qui finissait par crever. Ici c’est l’un des mulets qui est crevé d’un coup d’épée. Double sanction pour un amour-propre exagéré.

Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé,
L'autre portant l'argent de la gabelle
Celui-ci, glorieux d'une charge si belle,
N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d'un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette:
Quand, l'ennemi se présentant,
Comme il en voulait à l'argent,
Sur le mulet du fisc une troupe se jette,
Le saisit au frein et l'arrête.
Le mulet, en se défendant,
Se sent percé de coups; il gémit, il soupire.
Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avait promis?
Ce mulet qui me suit du danger se retire;
Et moi j'y tombe et je péris!
- Ami, lui dit son camarade,
Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi:
Si tu n'avais servi qu'un meunier, comme moi,
Tu ne serais pas si malade.

Gabelle: Taxe sur un produit. « Ce mot était d’abord général pour tous les impôts » (Furetière). Il devint plus tard (sous l’Ancien Régime) l’impôt indirect frappant la vente du sel.

D'une charge si belle.Le cheval d’Aréthuse était lui aussi très fier (dans « Adonis ») « D’ une charge si belle, il semble glorieux. » (voir, par exemple, dans « La Fontaine - Œuvres diverses », édition établie et annotée par Pierre Clarac, NRF, Bibliothèque de la Pléiade, 1968, p. 12).

Pour beaucoup: Pour rien au monde.

D'un pas relevé: Très distingué. Il s’agit aussi d’un terme de haute école en équitation, un pas est dit relevé lorsque la monture lève haut le pied.

Fait sonner sa sonnette: Voir le texte de Phèdre « ... secouant et faisant retentir la sonnette qu’il avait à son cou ».

Au frein: A la bride.

Il gémit, il soupire: Nous retrouvons le même hémistiche dans « L’Avare qui a perdu son trésor » (Livre IV, fable 20 ; vers 22) « Voilà mon homme aux pleurs ; il gémit, il soupire. »

Se retire: Echappe.

Malade: Mal en point.

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W. Aractingy 81 x 100 cm, février 1989

Voyez aussi cette fable illustrée par: