|
A la découverte de Jean de La Fontaine |
La Cigale et la Fourmi |
|
W. Aractingy 81 x 100 cm, Mars 1990 |
Cette fable est la première en place dans le premier livre de La Fontaine. Mais il est fort probable qu’elle ait été écrite après bien d’autres. C’est La Fontaine lui même qui lui a assigné cette situation. Aucune autre fable n’a suscité autant de commentaires que celle-ci, d’abord parce qu’elle est la première, ensuite parce qu’il s’agit d’un « classique » connu par tout le monde. Ne citons que deux exemples extrêmes. Ainsi, Rousseau l’a donnée en exemple de ce qu’il convenait de ne pas faire lire aux enfants car il craignait que ceux-ci ne prennent la cigale pour exemple. Taine voit dans cette fable l’homme du sud (la cigale) opposé à l’homme du nord. Ces deux analyses sont évidemment totalement exagérées. Notons aussi que Fabre (cf. infra, note 2) s’est efforcé de trouver toutes les erreurs contenues dans cette fable. Cela n’a jamais, heureusement, empêché quiconque de trouver énormément de plaisir à lire et étudier « La Cigale et la Fourmi ».
La source de cet apologue est à chercher chez Esope « La Cigale et la Fourmi, la Fourmi et l’Escarbot (*)». Le rhéteur du IIIe siècle, Aphtonius la reprendra et en fera un exercice littéraire. La Fontaine a eu connaissance de la version d’Esope comme du travail d’Aphtonius.
(*) Escarbot est le nom donné à divers coléoptères parmi lesquels figure le hanneton ; certains ont d’ailleurs traduit le titre d’Esope par « La Fourmi et le Hanneton ».
|
La cigale
,
ayant chanté Tout l'été, Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue. Pas un seul petit morceau De mouche ou de vermisseau Elle alla crier famine Chez la fourmi sa voisine, La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu'à la saison nouvelle «Je vous paierai, lui dit-elle, Avant l'oût , foi d'animal, Intérêt et principal .» La fourmi n'est pas prêteuse ; C'est là son moindre défaut. «Que faisiez-vous au temps chaud ? Dit-elle à cette emprunteuse. Nuit et jour à tout venant Je chantais, ne vous déplaise. - Vous chantiez ? j'en suis fort aise. Eh bien : dansez maintenant.» |
C’est ici la seule apparition de la cigale dans les fables (nous pouvons cependant la retrouver brièvement dans « La Vie d’Esope le Phrygien »). Cet insecte, dans l’Antiquité, symbolisait le poète dans toute son insouciance (« Je suis l’insecte aimé du poète et des dieux », écrira bien plus tard Jean Aicard, dans « Poèmes de la Provence »). Chevalier et Gheerbrant notent la cigale « est devenue l’attribut des mauvais poètes, dont l’inspiration est intermittente. Elle est prise pour l’ image de la négligence et de l’imprévoyance (La Fontaine) » (« Dictionnaire des symboles », Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Editions Robert Laffont, 1982, p. 198. Pour Jean Baudoin, la cigale évoque Homère. Pour la fine bouche, citons Jean Lautret qui écrivait en 1619 « J’ai imité donc les cigales / Qui se dupaient sans intervalles, / Voyant travailler les formis. / Ha ! qu’il n’y a telle finesse / Que d’acquérir pour sa vieillesse / Un peu de bien et des amis. » (cité dans « La Fontaine - Œuvres complètes, tome I ; Fables, contes et nouvelles » édition établie, présentée et annotée par Jean-Pierre Collinet ; NRF Gallimard ; Bibliothèque de La Pléiade ; 1991, p. 1060).
|