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Le Cheval et le Loup
 Livre V - Fable 8

Divers auteurs, diverses adaptations ont fourni les personnages : Esope apportera le personnage du loup (« L’Ane faisant semblant de boire et le Loup ») tandis que Corrozet (« Du Lion et du Cheval ») et Haudent (« D’un Lion et d’un Cheval ») apporteront l’idée du cheval. Mais nous retrouvons quelques idées traitées ici chez Cicéron (« Tusculanes », I, 18) ou chez Horace (« Epîtres », I, 14, 44), voire chez Aristophane (« Guêpes »).

               Un certain loup, dans la saison
Que les tièdes zéphyrs ont l'herbe rajeunie,
Et que les animaux quittent tous la maison,
            Pour s'en aller chercher leur vie,
Un loup, dis-je, au sortir des rigueurs de l'hiver,
Aperçut un cheval qu'on avait mis au vert.
            Je laisse à penser quelle joie .
« Bonne chasse, dit-il, qui  l'aurait à son croc !
Eh ! que n'es-tu mouton ! car tu me serais hoc,
Au lieu qu'il faut ruser pour avoir cette proie.
Rusons donc. » Ainsi dit, il vient à pas comptés ;
            Se dit écolier d'Hippocrate ;
Qu'il connaît les vertus et les propriétés
            De tous les simples de ces prés ;
            Qu'il sait guérir, sans qu'il se flatte,
Toutes sortes de maux. Si Dom Coursier voulait
            Ne point celer sa maladie,
            Lui loup gratis le guérirait ;
            Car le voir en cette prairie
            Paître ainsi, sans être lié,
Témoignait quelque mal, selon la Médecine.
            « J'ai, dit la bête chevaline,
            Une apostume sous le pied.
- Mon fils, dit le docteur, il n'est point de partie
            Susceptible de tant de maux.
J'ai l'honneur de servir Nosseigneurs les Chevaux,
            Et fais aussi la chirurgie. »
Mon galant ne songeait qu'à bien prendre son temps,
            Afin de happer son malade.
L'autre, qui s'en doutait, lui lâche une ruade,
            Qui vous lui met en marmelade
            Les mandibules et les dents.
« C'est bien fait, dit le loup en soi-même fort triste ;
Chacun à son métier doit toujours s'attacher.
            Tu veux faire ici l'arboriste,
            Et ne fus jamais que boucher. »

Que: Pendant laquelle.

Zéphyr: Vent printanier et doux.

Leur vie: Leur nourriture.

Qui: Pour celui qui.

Croc: Crochet de boucher en forme de S pour suspendre la viande.

Hoc: Assuré. Vient du « hoc » que criait le joueur de cartes en jetant sur la table les cartes gagnantes (du jeu de même nom).

Hippocrate: Célèbre médecin grec (460-377) à l’origine du serment qui porte son nom.

Dom Coursier: Titre honorifique emprunté à l’espagnol et utilisé en France uniquement pour les abbés. Il est utilisé ici de façon parodique. « Dom Coursier » :monsieur le cheval.

Celer: Cacher.

Une apostume: Un abcès, une grosseur.

Arboriste: Herboriste. Les Parisiens prononçaient arboriste.

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ancre





W. Aractingy 81 x 100 cm, Juillet 1993

Voyez aussi cette fable illustrée par: