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Le Chat et un vieux Rat
 Livre III - Fable 18

La Fontaine s’inspire souvent des Anciens. Mais le maître ne copie pas. A chaque fable, il compose une œuvre nouvelle basée sur des thèmes développés précédemment. « Le Chat et un vieux Rat » est typique de cette manière de faire du nouveau avec du vieux », mais, bien sûr, du totalement nouveau. Cette fois, Le fabuliste est allé chercher son inspiration à la fois chez Esope (« Le Chat et les Rats »), chez Phèdre (« La Belette et les Rats ») et chez Rabelais pour ce qui concerne le nom du chat. Mais il a profondément remanié les uns et les autres. Nous retrouverons encore deux fois le thème de l’animal qui feint la mort, dans « Le Renard anglais » (Livre XII, fable 23) ainsi que dans « Le Renard et les Poulets d’Inde » (XII, 18). Mais dans le cas présent, La Fontaine analyse l’attitude des possibles proies alors que dans les deux autres fables, il s’attache plus au comportement des chasseurs.
Attachons-nous un instant à la moralité « ... la méfiance / Est mère de la sûreté ». Ne nous méprenons pas la mère de la sûreté est avant tout le jugement capable d’interpréter les messages que lui envoient les sens. L’édition de 1668 ne se terminait pas comme aujourd’hui par cette fable. Elle la faisait suivre par « L’œil du Maître » et « L’Alouette et ses Petits avec le Maître d’un champ » que nous retrouvons maintenant respectivement en IV, 21 et IV 22

            J'ai lu, chez un conteur de fables, 
Qu'un second Rodilard, l'Alexandre des chats,
            L'Attila, le fléau des rats, 
            Rendait ces derniers misérables
            J'ai lu, dis-je, en certain auteur 
            Que ce chat exterminateur, 
Vrai Cerbère, était craint une lieue à la ronde:
Il voulait de souris dépeupler tout le monde. 
Les planches qu'on suspend sur un léger appui, 
            La mort aux rats, les souricières,
            N'étaient que jeux au prix de lui.
            Comme il voit que dans leurs tanières 
            Les souris étaient prisonnières, 
Qu'elles n'osaient sortir, qu'il avait beau chercher,
Le galant fait le mort, et du haut d'un plancher
Se pend la tête en bas. La bête scélérate 
A de certains cordons se tenait par la patte. 
Le peuple des souris croit que c'est châtiment, 
Qu'il a fait un larcin de rôt ou de fromage,
Egratigné quelqu'un, causé quelque dommage; 
Enfin, qu'on a pendu le mauvais garnement. 
            Toutes, dis-je, unanimement
Se promettent de rire à son enterrement, 
Mettent le nez à l'air, montrent un peu la tête, 
            Puis rentrent dans leurs nids à rats,
            Puis ressortant font quatre pas, 
            Puis enfin se mettent en quête. 
            Mais voici bien une autre fête: 
Le pendu ressuscite; et sur ses pieds tombant, 
            Attrape les plus paresseuses.
«Nous en savons plus d'un, dit-il en les gobant:
C'est tour de vieille guerre; et vos cavernes creuses 
Ne vous sauveront pas, je vous en avertis: 
            Vous viendrez toutes au logis.» 
            Il prophétisait vrai: notre maître Mitis
Pour la seconde fois les trompe et les affine,
            Blanchit sa robe et s'enfarine; 
            Et de la sorte déguisé, 
Se niche et se blottit dans une huche ouverte. 
            Ce fut à lui bien avisé: 
La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte.
Un rat, sans plus, s'abstient d'aller flairer autour: 
C'était un vieux routier, il savait plus d'un tour; 
Même il avait perdu sa queue à la bataille. 
«Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille, 
S'écria-t-il de loin au général des chats:
Je soupçonne dessous encor quelque machine:
            Rien ne te sert d'être farine; 
Car, quand tu serais sac, je n'approcherais pas.»

C'était bien dit à lui; j'approuve sa prudence: 
            Il était expérimenté, 
            Et savait que la méfiance 
            Est mère de la sûreté. 


Rodilard:  Nous avons déjà trouvé ce nom de Rodilard (Rodilardus) dans la fable II, 2 (« Conseil tenu par les Rats »). Rappelons seulement qu'il est emprunté à Rabelais (« Quart Livre », XLVII). Voir la note 2 du « Conseil ». Disons seulement ici que ce nom signifie « rongeur de lard ». 

L'Alexandre des chats:  Référence à Alexandre le Grand (356-323 av. J.-C.), le célèbre conquérant macédonien. 

Attila est un autre conquérant (434-453 ap. J.-C.). Il envahit la Gaule mais fut battu aux Champs Catalauniques près de Troye en 451. Surnommé « le fléau de Dieu », il envahit l'Italie qu'il mit à sac mais préserva Rome à la demande du pape Léon Ier. 

Misérables: Pitoyables. 

Cerbère était ce chien à trois têtes gardien des Enfers chez les Grecs. 

Au prix de lui: Comparé à lui. 

Un plancher:  Le plafond. Le même mot indiquait à la fois le plafond et le plancher. 

Leurs nids à rats: Confusion habituelle chez La Fontaine qui ne distingue pas les souris des rats. 

Mitis: Nom emprunté à Bonaventure Des Périers et qui signifie « doux ». 

Affine: Vient de « finesse » et signifie ici surprendre par quelque tour ou finesse. 

Machine:  Machination.

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W. Aractingy 100 x 100 cm, Décembre 1993

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