Le
roi des animaux se mit un jour en tête
De
giboyer: il célébrait sa fête.
Le
gibier du lion, ce ne sont pas moineaux,
Mais
beaux et bons sangliers, daims et cerfs bons et beaux.
Pour réussir dans cette affaire,
Il se servit du
ministère
De l'âne à la voix de
Stentor.
L'âne
à
Messer Lion fit office de cor.
Le
lion le posta, le couvrit de
ramée,
Lui
commanda de braire, assuré qu'à ce son
Les
moins intimidés
fuiraient de leur maison.
Leur
troupe n'était pas encore accoutumée
A la tempête de sa voix ;
L'air
en retentissait d'un bruit épouvantable;
La
frayeur saisissait les hôtes de ces bois,
Tous
fuyaient, tous tombaient au piège inévitable
Où les attendait le Lion.
«
N'ai-je pas bien servi dans cette occasion ?
Dit
l'âne en se donnant tout l'honneur de la chasse.
-
Oui, reprit le lion,
c'est bravement crié:
Si
je ne connaissais ta personne et ta race,
J'en serais moi-même effrayé. »
L'âne,
s'il eût osé, se fut mis en colère,
Encor
qu'on le raillât avec juste raison ;
Car
qui pourrait souffrir
un âne fanfaron ?
Ce n'est pas là
leur caractère.