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Le Lièvre et les Grenouilles
 Livre II - Fable 14

Les inspirateurs de La Fontaine - dont Esope et sa fable « Les Lièvres et les Grenouilles » - ont tous fait intervenir plusieurs lièvres. La Fontaine est le premier à individualiser le seul personnage. La morale était, chez Esope, « Le malheureux se console aux calamités plus pénibles d'autrui; "

         Un lièvre en son gîte songeait
(Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne songe?);
Dans un profond ennui ce lièvre se plongeait :
Cet animal est triste, et la crainte le ronge.
            «Les gens de naturel peureux
            Sont, disait-il, bien malheureux;
Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite,
Jamais un plaisir pur, toujours assauts divers.
Voilà comme je vis : cette crainte maudite
M'empêche de dormir, sinon les yeux ouverts.
Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle.
            Et la peur se corrige-t-elle ?
            Je crois même qu'en bonne foi
            Les hommes ont peur comme moi»
            Ainsi raisonnait notre lièvre,
            Et cependant faisait le guet.
           Il était douteux, inquiet :
Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre.
            Le mélancolique animal,
            En rêvant à cette matière,
Entend un léger bruit : ce lui fut un signal
            Pour s'enfuir devers sa tanière .
Il s'en alla passer sur le bord d'un étang.
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes,
Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.
            «Oh ! dit-il, j'en fais faire autant
            Qu'on m'en fait faire ! Ma présence
Effraie aussi les gens, je mets l'alarme au camp !
            Et d'où me vient cette vaillance ?
Comment ! des animaux qui tremblent devant moi !
            Je suis donc un foudre de guerre ?
Il n'est, je le vois bien, si poltron sur la terre
Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi.»

Le gîte est le lieu de repos provisoire du lièvre tandis que la tanière (voir vers 22 et note 7) est supposé être son lieu de séjour fixe. Ce dernier terme cependant n’est pas approprié en ce qui concerne le lièvre. En effet, celui-ci désigne habituellement l’endroit de repos de gros animaux.

Les yeux ouverts: Même le naturaliste français Buffon s’y est laissé prendre ! L’auteur de l’ « Histoire naturelle », tout comme La Fontaine croyait que le lièvre dormait les yeux ouverts. Erreur ! Le lièvre dort les yeux fermés mais le moindre bruit l’éveille. Mais le curé de Meudon, François Rabelais, n’avait’ il pas déjà écrit : « Corybantioit dormant,  dormoit corybantiant, les oeilz ouverts comme font les lièvres de Champaigne... » (dans « Rabelais - Œuvres complètes », Edition établie et annotée par Jacques Boulenger, revue et complétée par Lucien Scheller », NRF Gallimard, Bibliothèque de La Pléiade,1955, p. 627.

Cependant:  Pendant ce temps.

Il était douteux est à prendre ici dans le sens de « il redoutait »

Un souffle, une ombre...: Dans la fable « Les deux Amis » (Livre VII, fable 11, vers 30 », nous pouvons lire : « Un songe, un rien, tout lui fait peur ». Le texte initial disait d’autre part : « Une ombre, un rien, tout lui fait peur ». Ovide avait déjà écrit : « Une ombre apporte aux inquiets d’inutiles terreurs ». Et, en cherchant chez Corneille, nous trouvons « Le  souverain poltron à qui, pour faire peur / Il ne faut qu’une feuille, une ombre, une vapeur ! » (Corneille, « L’illusion comique », acte III, scène 5, vers 763, 764).

Devers: Vers.

Sa tanière: Voir note 1.

Je mets l’alarme au camp : je mets les autres en alerte.

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Gustave Doré

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