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La Chauve-souris et les deux Belettes
 Livre II - Fable 5

C’est une nouvelle fois Esope qui procurera l’argument permettant à La Fontaine d’écrire cette fable. Mais celui-ci en fera une peinture des mœurs politique hésitantes de l’époque. Nous sommes en effet tout proches de la Fronde dirigée contre Mazarin (1648-1653). Pourtant, La Fontaine ne parlera pas de la Fronde mais de la Ligue (1576-1594).

Une chauve-souris donna tête baissée
Dans un nid de belettes ; et sitôt qu'elle y fut,
L'autre, envers les souris de longtemps courroucée,
            Pour la dévorer accourut.
«Quoi ! vous osez, dit-elle, à mes yeux vous produire,
Après que votre race a tâché de me nuire!
N'êtes-vous pas souris ? Parlez sans fiction.
Oui, vous l'êtes, ou bien je ne suis pas belette.
            - Pardonnez-moi, dit la pauvrette,
            Ce n'est pas ma profession.
Moi souris ! Des méchants vous ont dit ces nouvelles.
            Grâce à l'auteur de l'univers,
            Je suis oiseau : voyez mes ailes.
            Vive la gent qui fend les airs ! »
            Sa raison plut, et sembla bonne.
            Elle fait si bien qu'on lui donne
            Liberté de se retirer.
            Deux jours après, notre étourdie
            Aveuglément se va fourrer
Chez une autre belette, aux oiseaux ennemie.
La voilà derechef en danger de sa vie.
La dame du logis, avec son long museau
S'en allait la croquer en qualité d'oiseau,
Quand elle protesta qu'on lui faisait outrage :
« Moi, pour telle passer ! Vous n'y regardez pas.
           Qui fait l'oiseau? C'est le plumage.
            Je suis souris : vivent les rats!
           Jupiter confonde les chats ! » 
            Par cette adroite repartie
            Elle sauva deux fois sa vie.
 

Plusieurs se sont trouvés qui, d'écharpe changeants ,
Aux dangers, ainsi qu'elle, ont souvent fait la figue .
            Le sage dit, selon les gens,
            «Vive le Roi ! vive la Ligue ! »


Tête baissée ? Bien sûr, puisque les chauve-souris dorment la tête en bas !

Sans fiction: Sans mensonge.

Ma profession: Le terme profession ne désigne pas ici uniquement le métier que l’on pratique mais ce que l’on déclare être.

La gent: L’espèce.

Aux oiseaus ennemie: Ennemie des oiseaux.

Qui fait l'oiseau?: Qu’est-ce qui fait l’oiseau ?

Je suis souris, Vivent les rats!: Confusion fréquente chez La Fontaine qui ne distingue pas les souris des rats.

Jupiter confonde les chats!: Puisse Jupiter confondre les chats !

Changeants: Toujours cet accord du participe présent qui, s’il nous déconcerte maintenant, était normal à l’époque.

Changer d’écharpe correspond à notre « tourner la veste », c'est-à-dire changer d’avis ou de camp. A l’époque, on se servait d’écharpes, portées en bandoulière. Leur couleur indiquait le camp auquel on  appartenait (les partisans de la Ligue portaient une écharpe verte, ceux du roi une écharpe blanche).

« On dit , faire la figue à quelqu’un, pour se moquer de lui » (Furetière). Il s’agit d’une expression populaire d’origine italienne qui s’ accompagnait d’un geste douteux représentant le sexe féminin.

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ancre





W. Aractingy 100 x 100 cm, Janvier 1994

Voyez aussi cette fable illustrée par: