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| | W. Aractingy | |
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| Le poème « Belphégor » a été dédié à la tragédienne Mademoiselle Marie
Desmares, épouse de l’acteur Charles Cheviller, dite la Champmeslé
(1642-1698). C’est elle qui créa la plupart des grandes héroïnes de
Racine (Bérénice, Monime, Iphigénie, Phèdre). Elle deviendra d’ailleurs
la maîtresse du poète tragique après son interprétation d’Andromaque
(1670).
Furetière prétend que La Fontaine a dédié sa fable à la tragédienne
pour la remercier d’avoir fait circuler sous le manteau ses « Nouveaux
contes ». En fait, l’auteur du « Roman bourgeois » exagère un peu
on sait que la Champmeslé était une grande amie du fabuliste.
Nous nous trouvons une fois encore devant un poème qui est plus un
conte qu’ une fable. Mais la volonté de La Fontaine fut de la publier
à la fin de son livre de fables.
L’histoire raconte les aventures galantes du démon Belphégor, envoyé
sur la terre par la volonté d’un Satan fort placide. Une histoire
galante donc, dans la veine de celles que nous venons de lire depuis
quelques temps « Philémon et Baucis », « La Matrone d’Ephèse »). Pourtant,
La Fontaine avait été, bien malgré lui, contraint de renier ses contes.
Il s’agit d’une des deux histoires (*) inspirées par l’écrivain, homme
politique et philosophe italien Niccolo Machiavelli, dit Machiavel
(1469-1527) ; son titre « Très plaisante nouvelle » ; son thème «
Belphégor, archidiable, est envoyé par Pluton en ce monde, avec l’obligation
de prendre femme. Il arrive, se marie, mais ne pouvant supporter sa
superbe, il aime mieux retourner en Enfer que de rester avec elle.
» (cité dans « La Fontaine - Œuvres complètes, tome I » ; préface
par E. Pilon ; édition établie et annotée par R. Groos et J. Schiffrin
; NRF Gallimard ; bibliothèque de la Pléiade ; 1954, p.848).
(*) Pour l’autre histoire inspirée de Machiavel, voir le conte « La
Mandragore »
Note: Certains
éditeurs transcrivent toute cette
Note: Certains
éditeurs transcrivent toute cette
partie du texte (depuis le début)
en italique.
Remise: Plusieurs
lettres de change.
Toutes à vue:
Payables à vue.
Les fortunes
humaines: Destinées humaines.
Fut une annexe....Selon
Marie-France Azéma, ce passage parodie
le langage de l’Eglise quand elle
envoie un prélat en mission (La Fontaine
- Fables ; Edition préfacée et commentée
par Pierre Clarac - notes de Marie-France
Azéma ; éditions ‘Le Livre de Poche’,
n° 1198, 1996, p.510).
Par son industrie:
Son intelligence et son habileté.
Roderic:
Chez Machiavel, il porte le nom de
Roderigo di Castiglia, nom qui, selon
Collinet, a peut-être appelé chez
La Fontaine l’expression du vers suivant
riche homme » (voir « La Fontaine
- Œuvres complètes, tome I ; Fables,
contes et nouvelles » édition établie,
présentée et annotée par Jean-Pierre
Collinet ; NRF Gallimard ; Bibliothèque
de La Pléiade ; 1991, p. 1309)
Appolon l'encensa:
Nous savons que les poètes, ces disciples
d’Apollon, encensent souvent les grands
de ce monde - attitude courante au
temps de La Fontaine - afin d’ obtenir
de riches gratifications. Ici, l’expression
signifie donc « les poètes l’encensèrent
».
C'est: La richesse est.
Jà: Déjà. Cette façon de s’exprimer est courante chez La
Fontaine.
En journaux différents: « Terme de marchand. Livres où ils
écrivent jour par jour ce qu’ils font.
» (Furetière).
Incontinent: Très vite, immédiatement.
Madame Honnesta: Nom parfaitement significatif.
Le poursuivant Le soupirant.
Appétissaient: Rendaient plus petit.
Le fonds de l'ambassade: Le capital dont jouissait
le diable pour accomplir sa mission.
La simple foi: La simple parole donnée.
Les cas: Tous les petits cas particuliers.
Qu'ainsi ne soit: Tant Littré que Vaugelas critiquent cette
expression, difficile à comprendre
pour Littré alors que pour Vaugelas,
elle semble dire le contraire de ce
qu’elle souhaite exprimer. La signifiacation
est : « Ne doutez pas qu’il en soit
ainsi.
Démon:
Ce n’est pas le diable qui est ici
traité de démon, c’est la prude épouse.
Encore un exemple de l’humour de La
Fontaine.
Il lui fallait: « Il lui aurait fallu », disait-elle.
Femme si vertueuse: Jean-Pierre Collinet compare avec Mlle
de Scudéry « dans « Le grand Cyrus
») : Il est vrai, dit-elle, qu’elle
ne lui donnepas de jalousie, mais
elle le tourmente d’une autre manière
: car parce qu’elle est honnête femme,
elle croit qu’il doit bien en avoir
la plus grande obligation du monde
: si bien qu’il n’est sorte de persécution
qu’elle ne lui fasse souffrir [...].
Cependant, je ne pense pas qu’il lui
doive être si obligé de ce qu’elle
ne fait pas galanterie : puisqu’à
mon avis on n’a pas mis sa vertu à
une bien rude épreuve. » dans « La
Fontaine - Œuvres complètes,
Tome I ; Fables, contes et nouvelles
» édition établie, présentée et annotée
par Jean-Pierre Collinet ; NRF Gallimard
; Bibliothèque de La Pléiade ; 1991,
p. 1310).
Ameublement: L’étoffe dont on garnissait les meubles.
Dûment déduite: Mené avec de beaux raisonnements.
Quand ce vint à payer: Quand ce fut le moment de payer.
Remparé: Ce mot vient de « rempart ». Il signifie fortifié.
Naple:
Graphie des éditions de 1682 et 1693,
nécessaire pour la versification.
L’orthographe était plus libre alors,
héritage du Moyen Age.
Honneur du sexe:
Du sexe féminin.
Son conjurateur:
Son exorciste.
La Hart: Cordes pour étrangler quelqu’un.
Aussi dru: Abondamment.
Un diable: Sa femme, une fois de plus.
Enfiler la venelle : s’enfuir.
Quelque gens: Variante : « quelques saint » (1692).
Job est ce personnage de la Bible qui reste fidèle à Dieu,
tant dans le bonheur que dans le malheur.
Votre ascendant: Les planètes qui, selon l’astrologie, gouvernent
le destin des hommes. | | |  |
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(Note)
De votre nom j'orne le frontispice
Des derniers
vers que ma Muse a polis.
Puisse le
tout ô charmante Philis,
Aller si
loin que notre los franchisse
La nuit des
temps: nous la saurons dompter
Moi par écrire,
et vous par réciter.
Nos noms
unis perceront l'ombre noire
Vous régnerez
longtemps dans la mémoire,
Après avoir
régné jusques ici
Dans les esprits, dans les cœurs
même aussi.
Qui ne connaît l'inimitable actrice
Représentant ou Phèdre, ou Bérénice
Chimène en pleurs, ou Camille
en fureur ?
Est-il quelqu'un que votre voix
n'enchante ?
S’en trouve-t-il une autre aussi
touchante ?
Une autre enfin allant si droit
au cœur ?
N'attendez pas que je fasse l’éloge
De ce qu’en vous on trouve de
parfait
Comme il n'est point de grâce
qui n'y loge
Ce serait trop, je n'aurais jamais
fait.
De mes Philis vous seriez la première.
Vous auriez eu mon âme toute entière
Si de mes voeux j'eusse plus présumé,
Mais en aimant qui ne veut être
aimé?
Par des transports n'espérant
pas vous plaire,
Je me suis dit seulement votre
ami ;
De ceux qui sont amants plus d'à
demi:
Et plût au sort que j'eusse pu
mieux faire.
Ceci soit dit: venons à notre
affaire.
Un jour Satan,
monarque des enfers,
Faisait passer
ses sujets en revue.
Là confondus
tous les états divers,
Princes et
rois, et la tourbe menue,
Jetaient
maint pleur, poussaient maint et maint cri,
Tant que Satan en était étourdi.
Il demandait en passant à chaque
âme:
« Qui t'a jetée en l’éternelle
flamme ? »
L'une disait: « Hélas c'est mon
mari ; »
L'autre aussitôt répondait: «c’est
ma femme. »
Tant et tant
fut ce discours répété,
Qu'enfin
Satan dit en plein consistoire :
«Si ces gens-ci
disent la vérité
Il est aisé
d'augmenter notre gloire.
Nous n'avons
donc qu'à le vérifier.
Pour cet
effet il nous faut envoyer
Quelque démon
plein d'art et de prudence ;
Qui non content
d'observer avec soin
Tous les
hymens dont il sera témoin,
Y joigne
aussi sa propre expérience. »
Le prince
ayant proposé sa sentence,
Le noir sénat
suivit tout d'une voix.
De Belphégor
aussitôt on fit choix.
Ce diable
était tout yeux et tout oreilles,
Grand éplucheur,
clairvoyant à merveilles,
Capable enfin
de pénétrer dans tout,
Et de pousser
l'examen jusqu'au bout.
Pour subvenir
aux frais de l'entreprise,
On lui donna
mainte et mainte remise,
Toutes
à vue, et qu'en lieux différents
Il pût toucher par des correspondants.
Quant au surplus, les
fortunes humaines,
Les biens,
les maux, les plaisirs et les peines,
Bref ce qui
suit notre condition,
Fut
une annexe à sa légation.
Il se pouvait tirer d’affliction,
Par ses bons tours, et par
son industrie,
Mais non
mourir, ni revoir sa patrie,
Qu'il n'eût
ici consumé certain temps :
Sa mission
devait durer dix ans.
Le voilà
donc qui traverse et qui passe
Ce que le
Ciel voulut mettre d'espace
Entre ce
monde et l’éternelle nuit;
Il n’en mit
guère, un moment y conduit.
Notre démon
s’établit à Florence,
Ville pour
lors de luxe et de dépense.
Même il la
crut propre pour le trafic.
Là sous le
nom du seigneur Roderic,
Il se logea, meubla, comme un
riche homme ;
Grosse maison, grand train, nombre
de gens,
Anticipant tous les jours sur
la somme
Qu'il ne devait consumer qu’en
dix ans
On s’étonnait d'une telle bombance.
II tenait table, avait de tous
côtés
Gens à ses frais, soit pour ses
voluptés
Soit pour le faste et la magnificence.
L'un des plaisirs où plus il dépensa
Fut la louange : Apollon
l’encensa
Car il est
maître en l'art de flatterie.
Diable
n'eut onc tant d'honneurs en sa vie.
Son cœur devint le but de tous les traits
Qu'Amour lançait: il n’était point de belle
Qui n’employât ce qu'elle avait d'attraits
Pour le gagner, tant sauvage fut-elle:
Car de trouver une seule rebelle,
Ce n'est la mode à gens de qui la main
Par les présents s'aplanit tout chemin.
C’est un ressort en tous desseins utile.
Je l'ai jà dit , et le redis encor
Je ne connais d'autre premier mobile
Dans l'univers, que l'argent et que l'or.
Notre envoyé cependant tenait compte
De chaque hymen, en journaux différents ;
L'un, des époux satisfaits et contents,
Si peu rempli que le diable en eut honte.
L'autre journal incontinent fut plein.
A Belphégor il ne restait enfin
Que d’éprouver la chose par lui-même.
Certaine fille à Florence était lors;
Belle, et bien faite, et peu d'autres trésors;
Noble d'ailleurs, mais d'un orgueil extrême;
Et d'autant plus que de quelque vertu
Un tel orgueil paraissait revêtu.
Pour Roderic on en fit la demande.
Le père dit que Madame Honnesta,
C’était son nom, avait eu jusque-là
Force partis; mais que parmi la bande
Il pourrait bien Roderic préférer,
Et demandait temps pour délibérer.
On en convient. Le poursuivant s'applique
A gagner celle ou ses voeux s'adressaient.
Fêtes et bals, sérénades, musique,
Cadeaux , festins, bien fort appetissaient
Altéraient fort le fonds de l'ambassade.
Il n'y plaint rien, en use en grand seigneur,
S’épuise en dons : l'autre se persuade
Qu'elle lui fait encor beaucoup d’honneur.
Conclusion, qu’après force prières,
Et des façons de toutes les manières,
Il eut un oui de Madame Honnesta.
Auparavant le notaire y passa:
Dont Belphégor se moquant en son âme:
Hé quoi, dit-il, on acquiert une femme
Comme un château ! ces gens ont tout gâté.
Il eut raison: ôtez d'entre les hommes
La simple foi, le meilleur est ôté.
Nous nous jetons, pauvres gens que nous sommes
Dans les procès en prenant le revers.
Les si, les cas, les contrats sont la porte
Par où la noise entra dans l'univers:
N’espérons pas que jamais elle en sorte.
Solennités et lois n’empêchent pas
Qu'avec l'Hymen Amour n’ait des débats
C'est le cœur seul qui peut rendre tranquille.
Le cœur fait tout, le reste est inutile.
Qu’ainsi ne soit, voyons d'autres états.
Chez les amis tout s'excuse, tout passe,;
Chez les amants tout plaît, tout est.
Chez les époux tout ennuie, et tout lasse.
Le devoir nuit, chacun est ainsi fait.
Mais, dira-t-on, n'est-il en nulles guises
D'heureux ménage ? après mûr examen,
J'appelle un bon, voire un parfait hymen,
Quand les conjoints se souffrent leurs sottises.
Sur
ce point-là c'est assez raisonné.
Dès que chez lui le diable eut amené
Son épousée, il jugea par lui-même
Ce qu’est l’hymen avec un tel démon:
Toujours débats, toujours quelque sermon
Plein de sottise en un degré suprême.
Le bruit fut tel que Madame Honnesta
Plus d'une fois les voisins éveilla:
Plus d'une fois on courut à la noise
«Il lui fallait quelque simple bourgeoise,
Ce disait-elle, un petit trafiquant
Traiter ainsi les filles de mon rang !
Méritait-il femme si vertueuse?
Sur mon devoir je suis trop scrupuleuse:
J'en ai regret, et si je faisais bien... »
Il n'est pas sûr qu'Honnesta ne fit rien:
Ces prudes-là nous en font bien accroire.
Nos deux époux, à ce que dit l’histoire,
Sans disputer n’étaient pas un moment.
Souvent leur guerre avait pour fondement
Le jeu, la jupe ou quelque ameublement,
D’été, d’hiver, d'entre-temps, bref un monde
D inventions propres à tout gâter.
Le pauvre diable eut lieu de regretter
De l autre enfer la demeure profonde.
Pour comble enfin Roderic épousa
La parente de Madame Honnesta,
Ayant sans cesse et le père, et la mère,
Et la grand'soeur, avec le petit frère,
De ses deniers mariant la grand'soeur,
Et du petit payant le précepteur.
Je n’ai pas dit la principale cause
De sa ruine infaillible accident ;
Et j'oubliais qu'il eût un intendant.
Un intendant ? qu'est-ce que cette chose ?
Je définis cet être, un animal
Qui comme on dit sait pécher en eau trouble,
Et plus le bien de son maître va mal,
Plus le sien croît, plus son profit redouble;
Tant qu’aisément lui-même achèterait
Ce qui de net au seigneur resterait:
Dont par raison bien et dûment déduite
On pourrait voir chaque chose réduite
En son état, s'il arrivait qu'un jour
L'autre devînt l'intendant à son tour,
Car regagnant ce qu'il eut étant maître,
Ils reprendraient tous deux leur premier être.
Le seul recours du pauvre Roderic,
Son seul espoir, était certain trafic
Qu’il prétendait devoir remplir sa bourse,
Espoir douteux, incertaine ressource.
Il était dit que tout serait fatal
A notre époux, ainsi tout alla mal.
Ses agents tels que la plupart des nôtres,
En abusaient: il perdit un vaisseau,
Et vit aller le commerce à vau-l'eau,
Trompe des uns, mal servi par les autres.
II emprunta. Quand ce vint à payer,
Et qu'à sa porte il vit le créancier,
Force lui fut d'esquiver par la fuite,
Gagnant les champs, où de l’âpre poursuite
Il se sauva chez un certain fermier,
En certain coin remparé de fumier.
Mais
Matheo moyennant grosse somme
L'en fit sortir au premier mot qu'il dit.
C’était à Naple, il se transporte à Rome ;
Saisit un corps: Matheo l'en bannit,
Le chasse encore: autre somme nouvelle.
Trois fois enfin, toujours d'un corps femelle,
Remarquez bien, notre diable sortit.
Le roi de Naple avait lors une fille,
Honneur du sexe, espoir de sa famille
;
Maint jeune prince était son poursuivant.
Là d'Honnesta Belphégor se sauvant,
On ne le put tirer de cet asile.
II n’était bruit aux champs comme à la ville
Que d'un manant qui chassait les esprits.
Cent mille écus d'abord lui sont promis.
Bien affligé de manquer cette somme
(Car les trois fois l’empêchaient d’espérer
Que Belphégor se laissât conjurer)
Il la refuse: il se dit un pauvre homme,
Pauvre pécheur, qui sans savoir comment,
Sans dons du Ciel, par hasard seulement,
De quelques corps a chassé quelque diable,
Apparemment chétif, et misérable,
Et ne connaît celui-ci nullement.
Il beau dire; on le force, on l’amène,
On le menace, on lui dit que sous peine
D’être pendu, d’être mis haut et court
En un gibet, il faut que sa puissance
Se manifeste avant la fin du jour.
Dès l'heure même on vous met en présence
Notre démon et son conjurateur.
D'un
tel combat le prince est spectateur.
Chacun y court; n'est fils de bonne mère
Qui pour le voir ne quitte toute affaire.
D'un côté sont le gibet et la hart,
Cent mille écus bien comptés d'autre part.
Matheo tremble, et lorgne la finance.
L'esprit malin voyant sa contenance
Riait sous cape, alléguait les trois fois;
Dont Matheo suait en son harnois,
Pressait, priait, conjurait avec larmes.
Le tout en vain: plus il est en alarmes,
Plus l'autre rit. Enfin le manant dit
Que sur ce diable il n'avait nul crédit.
On vous le happe, et mène à la potence.
Comme il allait haranguer l’assistance,
Nécessite lui suggéra ce tour:
Il dit tout bas qu'on battît le tambour,
Ce qui fut fait; de quoi l'esprit immonde
Un peu surpris au manant demanda:
«Pourquoi ce bruit ? coquin, qu'entends-je là?»
L'autre répond: «C'est Madame Honnesta
Qui vous réclame, et va par tout le monde
Cherchant l’époux que le Ciel lui donna. »
Incontinent le diable décampa,
S'enfuit au fond des enfers, et conta
Tout le succès qu'avait eu son voyage:
«Sire, dit-il, le noeud du mariage
Damne aussi dru qu’aucuns autres états.
Votre Grandeur voit tomber ici-bas
Non par flocons, mais menu comme pluie
Ceux que l'Hymen fait de sa confrérie
J'ai par moi-même examiné le cas.
Non que de soi la chose ne soit bonne
Elle eut jadis un plus heureux destin
Mais comme tout se corrompt à la fin
Plus beau fleuron n’est en votre couronne. »
Satan le crut: il fut récompensé
Encor qu'il eût son retour avancé
Car qu'eut-il fait ? ce n’était pas merveilles
Qu'ayant sans cesse un diable à ses oreilles,
Toujours le même, et toujours sur un ton,
Il fut contraint d'enfiler la venelle ;
Dans les enfers encore en change-t-on ;
L'autre peine est à mon sens plus cruelle.
Je voudrais voir quelque gens y durer
Elle eut à Job fait tourner la cervelle.
De tout ceci que prétends-je inférer ?
Premièrement je ne sais pire chose
Que de changer son logis en prison:
En second lieu si par quelque raison
Votre ascendant à l'hymen vous expose
N’épousez point d'Honnesta s'il se peut
N’a pas pourtant une Honnesta qui veut.
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