Une fable au hasard

Les 12 livres

Les Fables

Tris de fables

Le bestiaire

Les personnages

Morales et maximes

Les sources

 Italien
 Allemand
 Anglais

Contact JMB
Envoyez une carte postale avec cette illustration
Signaler cette fable à un ami
Imprimer

Les lectures de JMB
Allez voir mes lectures.

Le Blog de JMB
Mes textes personnels






Daphnis et Alcimadure
 Livre XII - Fable 24


Aimable fille d'une mère
A qui seule aujourd'hui mille coeurs font la cour,
Et quelques-uns encor que vous garde l'Amour,
                Je ne puis qu'en cette préface
                Je ne partage entre elle et vous
Un peu de cet encens qu'on recueille au Parnasse,
Et que j'ai le secret de rendre exquis et doux.
                Je vous dirai donc... Mais tout dire,
                Ce serait trop; il faut choisir,
                Ménageant ma voix et ma lyre,
Qui bientôt vont manquer de force et de loisir.
Je louerai seulement un coeur plein de tendresse,
Ces nobles sentiments, ces grâces, cet esprit :
Vous n'auriez en cela ni maître ni maîtresse,
Sans celle dont sur vous l'éloge rejaillit.
                Gardez d'environner ces roses
                De trop d'épines, si jamais
                L'Amour vous dit les mêmes choses :
                Il les dit mieux que je ne fais,
Aussi sait-il punir ceux qui ferment l'oreille
                A ses conseils. Vous l'allez voir.

                Jadis une jeune merveille
Méprisait de ce dieu le souverain pouvoir :
                On l'appelait Alcimadure :
Fier et farouche objet, toujours courant aux bois,
Toujours sautant aux prés, dansant sur la verdure
                Et ne connaissant autres lois
Que son caprice ; au reste, égalant les plus belles,
                Et surpassant les plus cruelles ;
N'ayant trait qui ne plût, pas même en ses rigueurs :
Quelle l'eût-on trouvée au fort de ses faveurs ?
Le jeune et beau Daphnis, berger de noble race,
L'aima pour son malheur : jamais la moindre grâce
Ni le moindre regard, le moindre mot enfin,
Ne lui fut accordé par ce coeur inhumain.
Las de continuer une poursuite vaine,
                Il ne songea plus qu'à mourir.
                Le désespoir le fit courir
                A la porte de l'inhumaine.
Hélas! ce fut au vent qu'il raconta sa peine ;
                On ne daigna lui faire ouvrir
Cette maison fatale, où, parmi ses compagnes,
L'ingrate, pour le jour de sa nativité ,
                Joignait aux fleurs de sa beauté
Les trésors des jardins et des vertes campagnes.
« J'espérais, cria-t-il, expirer à vos yeux ;
                Mais je vous suis trop odieux,
Et ne m'étonne pas qu'ainsi que tout le reste
Vous me refusiez même un plaisir si funeste.
Mon père, après ma mort, et je l'en ai chargé,
                Doit mettre à vos pieds l'héritage
                Que votre coeur a négligé.
Je veux que l'on y joigne aussi le pâturage,
                Tous mes troupeaux, avec mon chien,
                Et que du reste de mon bien
                Mes compagnons fondent un temple
                Où votre image se contemple,
Renouvelant de fleurs l'autel à tout moment.
J'aurai près de ce temple un simple monument ;
                On gravera sur la bordure :
Daphnis mourut d'amour. Passant, arrête-toi,
Pleure, et dis : Celui-ci succomba sous la loi
De la cruelle Alcimadure.»
A ces mots, par la Parque il se sentit atteint :
Il aurait poursuivi ; la douleur le prévint.
Son ingrate sortit triomphante et parée.
On voulut, mais en vain, l'arrêter un moment
Pour donner quelques pleurs au sort de son amant.
Elle insulta toujours au fils de Cythérée,
Menant dès ce soir même, au mépris de ses lois,
Ses compagnes danser autour de sa statue.
Le dieu tomba sur elle, et l'accabla du poids :
                Une voix sortit de la nue,
Echo redit ces mots dans les airs épandus :
«Que tout aime à présent : l'insensible n'est plus.»
Cependant de Daphnis l'ombre au Styx descendue
Frémit et s'étonna la voyant accourir.
Tout l'Erèbe(3) entendit cette belle homicide
S'excuser au berger, qui ne daigna l'ouïr
Non plus qu'Ajax Ulysse, et Didon son perfide.

Le jour de sa nativité: son anniversaire

Cythérée:déesse de l'île de Cythère, assimilée ici à Vénus

Le Styx est le fleuve des Enfers, l'Erèbe : le fleuve des Enfers païens, et par extension, l'Enfer.

Ajax: l'ombre d'Ajax refuse d'entendre Ulysse (Odyssée) L'ombre de Didon se détourne d'Enée (Enéide)

Google
 

ancre





W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: