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Conseil tenu par les Rats
 Livre II - Fable 2

Abstémius, l’inspirateur de cette fable, est un humaniste italien du XVe siècle. Il a publié une centaine de fables latines dans un recueil appelé l’ « Hecatomythion » traduit en français en 1572. Il a renouvelé le genre. Je pourrai aussi faire référence à Jacques Régnier et son « « Les Rats et le Chat » ou à une mazarinade « La Grippeminaude de la cour ». Le poème qui a inspiré la fable ci-dessous s’appelait, chez Abstémius, « Les Souris qui voulaient pendre une sonnette au cou d’un Chat ».

Un chat, nommé Rodilardus (2),
        Faisait de rats telle déconfiture
            Que l'on n'en voyait presque plus,
Tant il en avait mis dedans la sépulture.
Le peu qu'il en restait, n'osant quitter son trou
Ne trouvait à manger que le quart de son soû (3),
Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
            Non pour un chat, mais pour un diable.
            Or, un jour qu'au haut et au loin
            Le galand alla chercher femme,
Pendant tout le sabbat (4) qu'il fit avec sa dame,
Le demeurant des rats tint chapitre en un coin
            Sur la nécessité (5) présente.
Dès l'abord, leur doyen, personne fort prudente,
Opina qu'il fallait, et plus tôt que plus tard,
Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
            Qu'ainsi, quand il irait en guerre,
De sa marche avertis, ils s'enfuiraient sous terre ;
            Qu'il n'y savait que ce moyen.
Chacun fut de l'avis de Monsieur le Doyen :
Chose (6) ne leur parut à tous plus salutaire.
La difficulté fut d'attacher le grelot.
L'un dit : « Je n'y vas (7) point, je ne suis pas si sot, »
L'autre : « Je ne saurais. » Si bien que sans rien faire
            On se quitta. J'ai maints chapitres vus,
            Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
Chapitres, non de rats, mais chapitres de moines,
            Voire chapitres de chanoines.
 

           Ne faut-il que (8) délibérer,
            La cour en conseillers foisonne;
           Est-il besoin (9) d'exécuter,
            L'on ne rencontre plus personne.


Rodilardus: Nous retrouvons ce nom chez Rabelais. Je trouve dans « Le Quart Livre », au chapitre LXVII : « Pantagruel, le voyant ainsi esmeu, transif, tremblant, hors de propous, conchié et esgratigné des gryphes du célèbre chat Rodilardus, ne se peut contenir de rire et luy dist : [...] » (« Rabelais -Ouvres complètes », Edition établie et annotée par Jacques Boulenger, revue et complétée par Lucien Schele, NRF, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1955, p. 728). Le titre du chapitre est dautre part : « Comment Panurge par male paour se conchia et du grand chat Rodilardus pensoit que feust un diableteau » (id. p. 725). Le terme signifie « rongeur de lard ».

Soû: Tout son soûl. La graphie ancienne est conservée pour la rime.

Sabbat: A comparer au sabbat des sorcières qui faisaient la fête avec grand bruit. Appelons un chat un chat ; qui n’a jamais entendu le miaulement nocturne d’un chat mâle ?

La nécessité présente: Situation difficile et astreignante.

Chose: Rien.

Je n'y vas point: Pour « Je n’y vais point ».

Ne faut-il que délibérer: Quand il ne s’agit que de délibérer.

Est-il besoin: Quand il faut.

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ancre





W. Aractingy 81 x 56 cm, Mars 1994

Voyez aussi cette fable illustrée par: