Un chat, nommé
Rodilardus
(2),
Faisait de rats telle déconfiture
Que l'on n'en voyait presque plus,
Tant il en avait mis
dedans la sépulture.
Le peu qu'il en restait,
n'osant quitter son trou
Ne trouvait à
manger que le quart de son
soû (3),
Et Rodilard passait,
chez la gent misérable,
Non pour un chat, mais pour un diable.
Or, un jour qu'au haut et au loin
Le galand alla chercher femme,
Pendant tout
le
sabbat (4) qu'il fit avec sa dame,
Le demeurant des rats
tint chapitre en un coin
Sur
la nécessité (5) présente.
Dès l'abord, leur
doyen, personne fort prudente,
Opina qu'il fallait,
et plus tôt que plus tard,
Attacher un grelot au
cou de Rodilard ;
Qu'ainsi, quand il irait en guerre,
De sa marche avertis,
ils s'enfuiraient sous terre ;
Qu'il n'y savait que ce moyen.
Chacun fut de l'avis
de Monsieur le Doyen :
Chose
(6) ne leur parut à tous plus salutaire.
La difficulté
fut d'attacher le grelot.
L'un dit : «
Je n'y vas (7) point, je ne suis pas si sot, »
L'autre : « Je
ne saurais. » Si bien que sans rien faire
On se quitta. J'ai maints chapitres vus,
Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
Chapitres, non de rats,
mais chapitres de moines,
Voire chapitres de chanoines.
Ne faut-il que (8) délibérer,
La cour en conseillers foisonne;
Est-il besoin (9) d'exécuter,
L'on ne rencontre plus personne.