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L' Aigle et la Pie
 Livre XII - Fable 11

La satire des espions de cour « L’Aigle et la Pie » est, au départ, un texte d’Abstémius (« De l’Aigle et de la Pie ») ainsi que Haudent (« De la Pie et de l’Aigle », II, 87). On sait également que Fénélon, le précepteur du Duc de Bourgogne a écrit sur le même thème pour mettre en garde son jeune élève contre les « rapporteurs », c’est-à-dire les espions entourant le roi et lui rapportant ce qui se disait ou se tramait à la cour. Fénelon écrira « Il ne faut point avoir de rapporteurs qui s’empressent à vous empoisonner du récit de toutes les petites fautes des particuliers ». Le précepteur conseille de s’entourer de gens de bien qui transmettent à leur maître ce qui en vaut vraiment la peine, laissant le reste aux « tracassiers ».
La lecture de cette fable nous invite à un rapprochement avec La Bruyère (qui a traité le même thème) ou Saint-Simon lorsqu’il décrit certains travers de la Cour.

L'aigle, reine des airs, avec Margot la pie,
Différentes d'humeur, de langage et d'esprit,
                            Et d'habit,
                Traversaient un bout de prairie.
Le hasard les assemble en un coin détourné.
L'agasse eut peur; mais l'aigle, ayant fort bien dîné,
La rassure, et lui dit: «  Allons de compagnie ;
Si le maître des dieux assez souvent s'ennuie,
                Lui qui gouverne l'univers,
J'en puis bien faire autant, moi qu'on sait qui le sers.
Entretenez-moi donc, et sans cérémonie. »
Caquet-bon-bec alors de jaser au plus dru,
Sur ceci, sur cela, sur tout. L'homme d'Horace,
Disant le bien, le mal à travers champs, n'eût su
Ce qu'en fait de babil y savait notre agasse.
Elle offre d'avertir de tout ce qui se passe,
                Sautant, allant de place en place,
Bon espion, Dieu sait. Son offre ayant déplu,
                L'aigle lui dit tout en colère :
                «Ne quittez point votre séjour,
Caquet-bon -bec, mamie ; adieu ; je n'ai que faire
                D'une babillarde à ma cour :
                C'est un fort méchant caractère.»
                Margot ne demandait pas mieux.

Ce n'est pas ce qu'on croit que d'entrer chez les dieux:
Cet honneur a souvent de mortelles angoisses.
Rediseurs, espions, gens à l'air gracieux,
Au coeur tout différent, s'y rendent odieux,
Quoique ainsi que la pie il faille dans ces lieux
               Porter habit de deux paroisses.


Reine des airs:  Ici le nom « aigle » est féminin.

Margot: Nom fréquemment donné à la pie.

L'agasse: Vieux mot populaire pour pie. Ce nom se rencontre dans le Nord de la France (Champagne, Picardie, Normandie). Je me souviens l’avoir parfois entendu en Wallonie.

Le maître des dieux: c'est Jupiter. L’aigle est l’oiseau du plus important des dieux de la mythologie romaine.

Caquet-bon-bec: Nom populaire de la poule. Nous retrouvons « Caquet-bon-bec, la poule à ma tante » dans une œuvre burlesque d’Adrien de Montluc, comte de Cramail, La Comédie des Proverbes », acte III, scène 1 (1636) ainsi que dans les Recherches italiennes et françaises » de Oudin (1640).

L’homme d’Horace est Vulteius Mena, un crieur public qui parle à tort et à travers et qui, invité par l’avocat Philippe fait la joie de ce dernier qui se moque de sa bêtise (Horace, « Épîtres », I, 7). C’est ce bavard qui, recevant une petite fortune de ce même avocat, afin de s’acheter une maison, devint inquiet de tout pour finir par demander à son bienfaiteur de reprendre l’argent. Il a inspiré La Fontaine dans « Le Savetier et le Financier » (Livre VIII, fable 2).

« Rediseurs » pour rapporteurs (ceux qui rapportent ce qu’ils ont vu ou entendu). Les espions pullulaient à la cour du Roi Soleil. On dit même que Louis XIV « a des espions partout, et sa curiosité va jusqu’à savoir tout ce qui se passe dans les parties de plaisirs et dans les assemblées qui se font entre les jeunes princes et princesses, seigneurs et dames de la cour, et même se qui se passe hors de la cour. » (dans « Histoire  amoureuse des Gaules par Bussy-Rabutin, suivie du roman historico-satirique du XVIIe siècle » P. Jannet, 1858, cité dans « La Fontaine - Œuvres complètes, tome I ; Fables, contes et nouvelles » édition établie, présentée et annotée par Jean-Pierre Collinet ; NRF Gallimard ; Bibliothèque de La Pléiade ; 1991, p. 1286).

Porter habit de deux paroisses:  « On dit de deux choses dépariées, qu'on porte ensemble, qu'elles sont de deux paroisses, comme deux bas, deux gants, un pourpoint et un haut-de-chausses de différentes parures. » (Furetière). La Fontaine joue ici sur deux sens de l’expression : sur les couleurs contrastées de la pie, le blanc et le noir mais aussi sur le fait que les « rediseurs » jouent double jeu.

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W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: