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Le Loup et le Renard
 Livre XII - Fable 9

Une autre fable de La Fontaine porte le même titre (Livre XI, fable 6).En fin de poème (écrit en octosyllabes), La Fontaine se déclare redevable au Duc de Bourgogne pour le sujet de cette fable. Nous savons, car nous en possédons le début, que Fénelon, précepteur du duc a donné à son élève ce même sujet comme travail de composition latine (cf. « Vulpes paenitens », Bibliothèque nationale, ms. lat. 8511, f° 30).
Cette fable plaisait particulièrement à Nicolas de Chamfort. En effet, l’ auteur des « Maximes, pensées et anecdotes » écrit « La Fontaine a déjà établi plusieurs fois qu’on revient toujours à son caractère, mais de toutes les fables où il a cherché à établir cette vérité, celle-ci est sans contredit la meilleure ». « Toutes les fables » dit Chamfort ; citons « La Souris métamorphosée en fille » (Livre IX, fable 7) et « La Chatte métamorphosée en femme » (II, 18).


D'où vient que personne en la vie
N'est satisfait de son état?
Tel voudrait bien être soldat
A qui le soldat porte envie.

Certain renard voulut, dit-on,
Se faire loup. Hé! qui peut dire
Que pour le métier de mouton
Jamais aucun loup ne soupire?

Ce qui m'étonne est qu'à huit ans
Un prince en fable ait mis la chose,
Pendant que sous mes cheveux blancs
Je fabrique à force de temps
Des vers moins sensés que sa prose.

Les traits dans sa fable semés
Ne sont en l'ouvrage du poète
Ni tous ni si bien exprimés.
Sa louange en est plus complète.

De la chanter sur la musette
C'est mon talent, mais je m'attends
Que mon héros, dans peu de temps,
Me fera prendre la trompette.

Je ne suis pas un grand prophète ;
Cependant je lis dans les cieux
Que bientôt ses faits glorieux
Demanderont plusieurs Homères ;
Et ce temps-ci n'en produit guères.
Laissant à part tous ces mystères,
Essayons de conter la fable avec succès.

Le renard dit au loup: « Notre cher, pour tous mets
J'ai souvent un vieux coq, ou de maigres poulets
                C'est une viande qui me lasse.
Tu fais meilleure chère avec moins de hasard
J'approche des maisons; tu te tiens à l'écart.
Apprends-moi ton métier, camarade, de grâce ;
                Rends-moi le premier de ma race
Qui fournisse son croc de quelque mouton gras
Tu ne me mettras point au nombre des ingrats.
- Je le veux, dit le loup ; il m'est mort un mien frère
Allons prendre sa peau, tu t'en revêtiras.»
Il vint, et le loup dit « Voici comme il faut faire,
Si tu veux écarter les mâtins du troupeau.»
                Le renard, ayant mis la peau,
Répétait les leçons que lui donnait son maître.
D'abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien ;
                Puis enfin il n'y manqua rien.
A peine il fut instruit autant qu'il pouvait l'être,
Qu'un troupeau s'approcha. Le nouveau loup y court,
Et répand la terreur dans les lieux d'alentour.
               Tel, vêtu des armes d'Achille,
Patrocle mit l'alarme au camp et dans la ville
Mères, brus et vieillards, au temple couraient tous.
L'ost au peuple bêlant crut voir cinquante loups
Chien, berger et troupeau, tout fuit vers le village,
Et laisse seulement une brebis pour gage.
Le larron s'en saisit. A quelque pas de là,
Il entendit chanter un coq du voisinage.
Le disciple aussitôt droit au coq s'en alla,
                Jetant bas sa robe de classe,
Oubliant les brebis, les leçons, le régent,
                Et courant d'un pas diligent.

                Que sert-il qu'on se contrefasse?
Prétendre ainsi changer est une illusion
                L'on reprend sa première trace
                A la première occasion.

        De votre esprit, que nul autre n'égale,
Prince, ma muse tient tout entier ce projet
                Vous m'avez donné le sujet,
                Le dialogue et la morale.


D'où vient...envie?: La première strophe est imitée d'Horace (Satires, I, I, 1-12) : « D’où vient Mécène que jamais l’homme, soit qu’un dessein raisonné lui ai fait choisir sa part, soit que le hasard l’ait jetée devant lui, ne vit content d’elle, que toujours il vante ceux dont la voie est différente ?
Bienheureux les marchands », dit le soldat lourd d’années, les membres tout cassés par une longue fatigue. En revanche, la marchand, sur son navire que ballottent les vents du Sud : « Le métier militaire vaut mieux ; car, enfin, on s’entrechoque, et, dans la faible durée d’une heure, vient une prompte mort ou une victoire fructueuse.»  Le laboureur est vanté de l’homme versé dans la science du droit et des lois, quand celui-ci, vers l’heure où le coq
chante, entend frapper à sa porte pour une consultation ; et cet autre, qu’ une caution donnée arrache à son champ et amène à la ville, proclame qu’on n ’a de bonheur qu’en vivant à la ville. Tous les autres traits du genre
pourraient, tant ils sont nombreux, arrêter par la fatigue jusqu’à ce bavard de Fabius. » ("Satire I", Horace, texte établi et traduit par François Villeneuve, Paris, édition « Les Belles Lettres », 1962, p. 30,31).

Poète : nous trouvons ici un exemple, assez rare il est vrai,  de synérèse, c’est-à-dire de deux voyelles contiguës fusionnées en une seule syllabe. Le terme ne comprend donc, dans ce cas qu’une seule syllabe.

Tel, vêtu des armes d'Achille: Allusion à Homère (« Iliade », chant XVI) : devant l’imminente défaite des Grecs, Patrocle demande à Achille de lui prêter ses armes invincibles ; il repose les guerriers troyens avant d’être tué à son tour.

Dans la ville:  Il s’agit de la ville de Troie.

L'ost: Les amateurs de mots-croisés connaissent bien ce vieux mot pour dire armée » (ce mot signifie « troupeau » en picard).

Sa robe de classe: Sa robe d'apprentissage du métier.

Le régent est le maître d’école.

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W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: