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La Querelle des Chiens et des Chats et celle des chats et des souris
 Livre XII - Fable 8

C’est l’adaptation en vers des récits ésopiques de Guillaume Haudent « Trois cent soixante et six apologues d’Esope mis en rithme françoise »,livre II, 61, « De la guerre des Chiens, des Chats et des Souris », Rouen, 1547), qui, cette fois, a inspiré La Fontaine.Le poète fait allusion au principe des quatre Eléments cher aux Anciens mais réfuté par Descartes (voir note 1). De nombreuses variantes, souvent infimes, modifient, dans la version de 1696, le texte initial. Comme il ne s’agit généralement que de broutilles, la plupart ne seront pas signalées ici.


La discorde a toujours régné dans l'univers ;
Notre monde en fournit mille exemples divers
Chez nous cette déesse a plus d'un tributaire.
                Commençons par les éléments
Vous serez étonnés de voir qu'à tous moments
                Ils seront appointés contraire.
                Outre ces quatre potentats,
                Combien d'êtres de tous états
                Se font une guerre éternelle !
Autrefois un logis plein de chiens et de chats,
Par cent arrêts rendus en forme solennelle,
                Vit terminer tous leurs débats.
Le maître ayant réglé leurs emplois, leurs repas,
Et menacé du fouet quiconque aurait querelle,
Ces animaux vivaient entre eux comme cousins.
Cette union si douce, et presque fraternelle,
                Edifiait tous les voisins.
Enfin elle cessa. Quelque plat de potage,
Quelque os, par préférence, à quelqu'un d'eux donné,
Fit que l'autre parti s'en vint tout forcené
               Représenter un tel outrage.
J'ai vu des chroniqueurs attribuer le cas
Aux passe-droits qu'avait une chienne en gésine.
                Quoi qu'il en soit, cet altercas
Mit en combustion la salle et la cuisine
Chacun se déclara pour son chat, pour son chien.
On fit un règlement dont les chats se plaignirent,
                Et tout le quartier étourdirent.
Leur avocat disait qu'il fallait bel et bien
Recourir aux arrêts. En vain ils les cherchèrent.
Dans un recoin où d'abord leurs agents les cachèrent,
                Les souris enfin les mangèrent.
Autre procès nouveau. Le peuple souriquois
En pâtit maint vieux chat, fin, subtil, et narquois,
Et d'ailleurs en voulant à toute cette race,
                Les guetta, les prit, fit main basse.
Le maître du logis ne s'en trouva que mieux.
 

J'en reviens à mon dire . On ne voit sous les cieux
Nul animal, nul être, aucune créature,
Qui n'ait son opposé c'est la loi de nature.
D'en chercher la raison, ce sont soins superflus.
Dieu fit bien ce qu'il fit  , et je n'en sais pas plus.
                Ce que je sais, c'est qu'aux grosses paroles
On en vient sur un rien, plus de trois quarts du temps.
Humains, il vous faudrait encore à soixante ans
                Renvoyer chez les barbacoles . 


La Discorde : comme son nom l’indique, cette déesse grecque amenait avec elle désaccord et désunion.
Dans l’édition posthume de 1696, le début de la fable devient : 
« La discorde aux yeux de travers 
Reine du monde sublunaire, 
Rit de voir que notre univers 
Est devenu son tributaire. 
Commençons par les éléments : vous trouverez qu’à tous moments 
Ils sont en appointé contraire. » 
(ici, ‘appointé’ est écrit au singulier ; voir note 3 ci-dessous).

Eléments : les quatre Eléments, l'air, le feu, la terre et l'eau, considérés par les Anciens comme les composants ultimes de la réalité. « Le feu, l’air, la terre et l’eau demeurent toujours et échappent au devenir. » (Aristote, « Métaphysique », A, III, 984, a, 8). Plusieurs philosophes ont cru cependant que de l’un des éléments procédaient les trois autres. Ainsi, Anaximène de Milet (vers 585 - vers 525 avant J.-C.) pensait que « de même que notre âme qui est d’air nous soutient, de même le souffle et l’air enveloppent la totalité du monde. » (Aétius, « Opinions », I, III, 4), tandis que Thalès (Milet vers 625 -vers 527 avant J.-C.) proclamait « L’eau est le principe des choses et Dieu est l’Intellect qui façonne toute chose à partir de l’eau. » (Cicéron, « De la nature et des dieux », I, X, 25). La notion d’éléments perdurera jusque après La Fontaine. (Exemples tirés de Sciences et Avenir », Hors série, mai-juin 1999, « Le principe du Tout », Luc Brisson, chercheur au C.N.R.S., p. 24-29).

Appointés contraire : expression du Palais signifiant « brouillés, divisés, fâchés». ‘Contraire’ est ici adverbe, donc invariable, ce qui présente tout profit pour la rime (voir aussi la fin de la note 1 ci-dessus).

Représenter : porter une nouvelle fois en justice.

En gésine : prête à mettre bas.

Altercas: vieux mot pour altercation, dispute. 

Souriquois:Terme propre à La Fontaine. Le fabuliste utilise déjà ce mot fantaisiste dans  Le combat des Rats et des Belettes (vers 21).

Chat fin, subtil et narquois: A rapprocher de « Renard  fin, subtil et matois » que nous trouvons dans  Le Renard, la Mouche et le Hérisson .

Fit main basse : les mangea.

Je reviens à mon dire : dans Simonide préservé par les dieux , nous trouvons « Je reviens à mon texte ». Même hémistiche également dans  Le Loup et le Chasseur .

C’est la loi de nature : même hémistiche dans  L’Ane et le Chien .

Dieu fit bien ce qu'il fit: Et dans  Le Gland et la Citrouille, hémistiche approchant : « Dieu fait bien ce qu’il fait ».

Aux grosses paroles : aux grosses querelles.

Les Barbacoles: "Terme plaisant et burlesque, emprunté des Italiens, pour désigner un maître d'école, qui, pour se rendre plus vénérable à ses écoliers, porte une longue barbe, ‘barbam colit’ " (P. Coste, Commentaire des « Fables », 1745, p. 349). Ce personnage de barbacole est à rapprocher du pédant issu de la Comédie italienne.
On se souviendra de la deuxième entrée du ballet-mascarade « Carnaval » de Lully (1675), dans lequel le maître d’école porte le nom de Barbacola.

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W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: