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Le Chat et les deux Moineaux
 Livre XII - Fable 2

Le Livre douzième est tout entier dédié au Duc de Bourgogne (cf. l’ introduction à la fable précédente). Mais certaines pièces le sont plus particulièrement « Le Chat et les deux Moineaux » (Livre XII, fable 2), ainsi que « Le vieux Chat et la jeune Souris » (XII, 5). Celles ayant été dédiées à d’autres personnages ont été écrites bien avant la parution du Livre douzième.
Nous ne connaissons pas avec certitude la source de cette « fable de cour ». Peut-être a-t-elle été tout simplement créée entièrement par La Fontaine pour les besoins de l’éducation du jeune duc. Nous retrouvons cependant un thème approchant chez Furetière (dans « Fables morales et nouvelles » « Du Chien et du Chat », 1671) . Dans « Deux Perroquets, le Roi et son Fils » (Livre X, fable 11), La Fontaine traite d’un sujet semblable

Un chat, contemporain d'un fort jeune moineau,
Fut logé près de lui dès l'âge du berceau
La cage et le panier avaient mêmes pénates;
Le chat était souvent agacé par l'oiseau
L'un s'escrimait du bec, l'autre jouait des pattes.
Ce dernier toutefois épargnait son ami.
                Ne le corrigeant qu'à demi,
                Il se fût fait un grand scrupule
                D'armer de pointes sa férule.
                Le passereau, moins circonspec ,
                Lui donnait force coups de bec.
                En sage et discrète personne,
                Maître chat excusait ces jeux
Entre amis, il ne faut jamais qu'on s'abandonne
                Aux traits d'un courroux sérieux.
Comme ils se connaissaient tous deux dès leur bas âge
Une longue habitude en paix les maintenait ;
Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait
                Quand un moineau du voisinage
S'en vint les visiter, et se fit compagnon
Du pétulant Pierrot et du sage Raton ;
Entre les deux oiseaux il arriva querelle ;
                Et Raton de prendre parti
« Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle,
                D'insulter ainsi notre ami !
Le moineau du voisin viendra manger le nôtre ?
Non, de par tous les chats !» Entrant lors au combat,
Il croque l'étranger.  «Vraiment, dit maître chat,
Les moineaux ont un goût exquis et délicat !»
Cette réflexion fit aussi croquer l'autre.

Quelle morale puis-je inférer de ce fait ?
Sans cela, toute fable est un oeuvre imparfait.
J'en crois voir quelques traits, mais leur ombre
Prince, vous les aurez incontinent trouvés
Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma Muse
Elle et ses soeurs n'ont pas l'esprit que vous avez.


Le Duc de Bourgogne: Louis, petit-fils de Louis XIV, et père de Louis XV, élève de Fénelon, né en 1682. Il a donc 11 ans (et non 12 comme écrit le plus souvent) lorsque La Fontaine lui dédie son livre.

Pénates: Dans la mythologie romaine, les Pénates sont les divinités tutélaires du foyer tout autant que l’autel dans la maison lui-même ; actuellement, le terme désigne familièrement la maison, le foyer.

Férule : la baguette qui servait à frapper l’écolier ; ici, le terme désigne la patte de Raton.

Circonspec : la graphie de La Fontaine pour « circonspect ». Elle est conservée pour la rime.

Discrète:  Pleine de discernement.

Pierrot: Nom souvent donné au moineau.

Raton: Dans « Le Singe et le Chat » (Livre IX, fable 17, vers 1 ; 7 ; 14 ; 19 ; 25), le chat portait le même nom : Raton.

Nous la vient donner belle : nous la baille belle, nous en conte de belles.

Manger: "On se sert quelquefois de "manger" pour dire quereller fortement"(dict. Académie, 1694). Cf. l’expression « manger le nez à quelqu’un ».

Un oeuvre: Vaugelas dans ses "Remarques" a décidé que le mot d'oeuvre signifiant livre, volume, ou quelque composition, était masculin au singulier, et toujours  féminin au pluriel. On parle de « l’œuvre complet de Van Gogh, de Molière et - pourquoi pas ? - de La Fontaine... ».

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W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: