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Les Souris et le Chat-huant
 Livre XI - Fable 9

Dans la préface du livre « La Fontaine - Fables », Pierre Clarac met l’ accent sur la diversité de registre des fables de La Fontaine des élégies, comme par exemple « Les deux Pigeons », des contes de fées « Les Souhaits » mais aussi comme dans « Les Souris et le Chat-huant », des observations naturalistes (« La Fontaine - Fables » ; Edition préfacée et commentée par Pierre Clarac - notes de Marie-France Azéma ; éditions ‘Le Livre de Poche’, n° 1198, 1996, p.9).
Cet apologue est inspiré par un texte rapporté par Bernier dans son « Abrégé de la Philosophie de Gassendi » (1684). Une fois encore, nous retrouvons ici les idées de La Fontaine concernant la théorie développée par Descartes, celle des « animaux-machines » (voir la note précédent le « Discours à Madame de la Sablière », Livre IX, dernier texte). Le fabuliste nous montre un exemple d’intelligence animale tentant de mettre à mal la théorie chère à l’auteur du « Discours de la méthode ».

            Il ne faut jamais dire aux gens
« Ecoutez un bon mot, oyez une merveille.»
            Savez-vous si les écoutants
En feront une estime à la vôtre pareille ?
Voici pourtant un cas qui peut être excepté
Je le maintiens prodige, et tel que d'une fable
Il a l'air et les traits, encor que véritable.
 
On abattit un pin pour son antiquité,
Vieux palais d'un hibou , triste et sombre retraite
De l'oiseau qu'Atropos prend pour son interprète.
Dans son tronc caverneux, et miné par le temps,
            Logeaient, entre autres habitants,
Force souris sans pieds, toutes rondes de graisse.
L'oiseau les nourrissait parmi des tas de blé,
Et de son bec avait leur troupeau mutilé.
Cet oiseau raisonnait il faut qu'on le confesse.
En son temps, aux souris, le compagnon chassa
Les premières qu'il prit du logis échappées,
Pour y remédier, le drôle estropia
Tout ce qu'il prit ensuite ; et les jambes coupées
Firent qu'il les mangeait à sa commodité,
            Aujourd'hui l'une, et demain l'autre.
Tout manger à la fois, l'impossibilité
S'y trouvait, joint aussi le soin de santé.
Sa prévoyance allait aussi loin que la nôtre
            Elle allait jusqu'à leur porter
            Vivres et grains pour subsister.
            Puis, qu'un Cartésien s'obstine
A traiter ce hibou de monstre et de machine ?
            Quel ressort lui pouvait donner
Le conseil de tronquer un peuple mis en mue ?
            Si ce n'est pas là raisonner,
            La raison m'est chose inconnue.
            Voyez que d'arguments il fit
            « Quand ce peuple est pris, il s'enfuit ;
Donc il faut le croquer aussitôt qu'on le happe.
Tout, il est impossible. Et puis, pour le besoin
N'en dois-je pas garder ? Donc il faut avoir soin
            De le nourrir sans qu'il échappe.
Mais comment ? Otons-lui les pieds.» Or trouvez-moi
Chose par les humains à sa fin mieux conduite ?
Quel autre art de penser Aristote et sa suite
            Enseignent-ils par votre foi?

NOTE DE LA FONTAINE
Ceci n'est point une fable ; et la chose, quoique merveilleuse et presque incroyable, est véritablement arrivée. J'ai peut-être porté trop loin la prévoyance  de ce hibou ; car je ne prétends pas établir dans les bêtes un progrès  de raisonnement tel que celui-ci ; mais ces exagérations sont permises à la poésie, surtout  dans la manière d'écrire dont je me sers.


Oyez : écoutez et, plus précisément, entendez.
Les écoutants: Les auditeurs.
Une estime à la vôtre pareille: Cf. Scarron dans « La Foire Saint-Germain » (« Œuvres », 1752, tome 1, p. 250) : « Eh ! quoi ! ne savez-vous pas bien / Qu’un conte ne vaut jamais rien / Quand on dit : je vous ferai rire ».
Un hibou: Pour la confusion entre le hibou et le chat-huant, reportez-vous à la fable « L’Aigle et le Hibou » (Livre V, fable 18, vers 1). Pour le hibou dans son arbre : « Il lui parut que les paroles s’y faisaient entendre et la voix de son mari qui l’appelait quand la nuit occupait la terre de ses ombres, et que souvent solitaire, un hibou sur le faîte en un chant lugubre, traînant ses longs cris jusqu’aux pleurs. » (Virgile, Enéide », IV, 462-464).
Atropos était la Parque qui coupait le fil de la vie. Le hibou n’était pas son animal-emblème. Si La Fontaine en parle ainsi, c’est à cause de la mauvaise réputation de l’oiseau nocturne dont le ululement, disait-on, était un présage de mort. On lit dans les « Métamorphoses », lorsque Proserpine change Ascalaphus en hibou : « Il devint un vilain oiseau messager des malheurs qui approchent, un lourd hibou, présage funeste pour les mortels. » Ovide, « Métamorphoses », V).
Le drôle: Personnage duquel il convient de se méfier.
Les jambes coupées:  Le fait que les souris aient les pattes coupées.
Tronquer: « Mutiler » (Richelet).
La mue est soit une « espèce de cage sans fond où l’on met la poule avec ses poulets » (Richelet), soit un local bien fermé dans lequel on engraisse la volaille.
Note de La Fontaine: La plupart des éditeurs impriment cette note soit en italique soit en caractères plus petits que celui de la fable.
Un progrès: Une progression.

ancre





W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par:





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