Une fable au hasard

Les 12 livres

Les Fables

Tris de fables

Le bestiaire

Les personnages

Morales et maximes

Les sources

 Italien
 Allemand
 Anglais

Contact JMB
Envoyez une carte postale avec cette illustration
Signaler cette fable à un ami
Imprimer

Les lectures de JMB
Allez voir mes lectures.

Le Blog de JMB
Mes textes personnels






Le Fermier le Chien et le Renard
 Livre XI - Fable 3

Le sujet de cette fable est fourni par l’humaniste italien Abstémius. L’ auteur de l’Hecatonmythium (1495, traduit en français en 1572) a en effet écrit un conte ésopique intitulé « Le Père de famille en colère contre son chien à cause de l’enlèvement de ses poules ». La Fontaine enrichira considérablement un sujet au départ assez mince.
Ce poème a pu être déclaré « « L’Iliade » de La Fontaine. Nous y trouverons en effet bon nombre d’allusion à cette épopée ainsi que de nombreux noms connus par cette histoire.
Nous y trouverons également un « retrait », une tenue à l’écart qui peut faire penser à celle de Montaigne lors de l’épidémie de peste qui tint le philosophe loin de sa ville de Bordeaux. Marc Fumaroli nous invite aussi à nous souvenir du tableau de Poussin, « La peste d’Astod » dans lequel on voit les sots observant les signes de la colère de leur Dieu tandis que le sage s’enfuit au plus vite (« La Fontaine - Fables » ; Le Livre de Poche ; Classiques modernes ; La Pochothèque ; édition de Marc Fumaroli ; 1997, p. 965).

Le loup et le renard sont d'étranges voisins
Je ne bâtirai point autour de leur demeure.
            Ce dernier guettait à toute heure
Les poules d'un fermier ; et quoique des plus fins,
Il n'avait pu donner d'atteinte à la volaille.
D'une part l'appétit, de l'autre le danger,
N'étaient pas au compère un embarras léger.
            « Hé quoi ! dit-il, cette canaille
            Se moque impunément de moi ?
            Je vais, je viens, je me travaille,
J'imagine cent tours le rustre, en paix chez soi,
Vous fait argent de tout, convertit en monnoie
Ses chapons, sa poulaille ; il en a même au croc
Et moi, maître passé, quand j'attrape un vieux coq,
            Je suis au comble de la joie !
Pourquoi sire Jupin m'a-t-il donc appelé
Au métier de renard ? Je jure les puissances
De l'Olympe et du Styx, il en sera parlé. »
            Roulant en son coeur ces vengeances,
Il choisit une nuit libérale en pavots
Chacun était plongé dans un profond repos ;
Le maître du logis, les valets, le chien même,
Poules, poulets, chapons, tout dormait. Le fermier,
            Laissant ouvert son poulailler,
            Commit une sottise extrême.
Le voleur tourne tant qu'il entre au lieu guetté,
Le dépeuple, remplit de meurtres la cité.
            Les marques de sa cruauté
Parurent avec l'aube on vit un étalage
            De corps sanglants et de carnage.
            Peu s'en fallut que le soleil
Ne rebroussât d'horreur vers le manoir liquide.
            Tel, et d'un spectacle pareil,
Apollon irrité conter le fier Atride
Joncha son camp de morts on vit presque détruit
L'ost des grecs ; et ce fut l'ouvrage d'une nuit.
            Tel encore autour de sa tente
            Ajax, à l'âme impatiente,
De moutons et de boucs fit un vaste débris,
Croyant tuer en eux son concurrent Ulysse
            Et les auteurs de l'injustice
            Par qui l'autre emporta le prix.
Le renard, autre Ajax, aux volailles funeste,
Emporte ce qu'il peut, laisse étendu le reste.
Le maître ne trouva de recours qu'à crier
Contre ses gens, son chien c'est l'ordinaire usage.
« Ah! maudit animal, qui n'es bon qu'à noyer,
Que n'avertissais-tu dès l'abord du carnage ?
- Que ne l'évitiez-vous ? C'eût été plus tôt fait
Si vous, maître et fermier, à qui touche le fait,
Dormez sans avoir soin que la porte soit close,
Voulez-vous que moi, chien, qui n'ai rien à la chose,
Sans aucun intérêt je perde le repos ? »
            Ce chien parlait très à propos
            Son raisonnement pouvait être
            Fort bon dans la bouche d'un maître,
            Mais n'étant que d'un simple chien,
            On trouva qu'il ne valait rien
            On vous sangla le pauvre drille.
 

Toi donc, qui que tu sois, ô père de famille
(Et je ne t'ai jamais envié cet honneur),
T'attendre aux yeux d'autrui quand tu dors, c'est erreur.
Couche-toi le dernier, et vois fermer ta porte.
            Que si quelque affaire t'importe,
            Ne la fais point par procureur.


D'étranges voisins: « Le meilleur de ces deux pour voisin, à vrai dire, / Ne me plairait aucunement » (« L’Ecolier, le Pédant et le Maître d’école », Livre IX, fable 5, vers 35-36).

Je me travaille: Je me tourmente, je me donne du mal.

Monnoie: ancienne graphie pour monnaie.

Pavots: Le dieu du Sommeil - qui dormait sur un lit de pavots, plantes soporifiques, - lançait ceux-ci au visage des personnes qu’il allait endormir.

Vers le manoir liquide: D’après la mythologie, le Soleil, outré et dégoûté, aurait rebroussé chemin et se serait retiré dans la mer devant le triste spectacle de Thyeste servant à manger à Astrée les restes de ses propres enfants (Sénèque le Tragique :« Thyeste », vers 776-778 et 789-884).

Les Atrides sont, dans la mythologie grecque, les descendants d’Atrée.
Agammenon et Ménélas sont de ceux-ci. Il s’agit, dans cette fable, d’ Agammenon. Celui-ci avait refusé de rendre Briséis à son père Chrysès, prêtre d'Apollon. Apollon, furieux contre le fils d’Atrée lança la peste pendant neuf jours, comme une pluie de flèches, sur les guerriers grecs « L'Iliade », d'Homère).

Ost:  du latin « hostem » (ennemi), ancien nom pour armée.

Débris : massacre. - Achille mort, les dieux décidèrent de donner ses armes à Ulysse. Ajax, furieux, perdit alors son auto-contrôle et, fou furieux, se jeta sur un troupeau de moutons qu’il décima, croyant ainsi tuer Ulysse et ses compagnons. (Ovide, « Les Métamorphoses », XIII, vers 1-398).

Un drille est un simple soldat un peu vagabond. Mais ici il désigne un vaurien. Ne pas confondre avec le joyeux drille qui est un être gai et jovial.

Père de famille au sens de « pater familias », c'est-à-dire maître de maison.

Et je ne t'ai jamais envié cet honneur: " Il faut s’affranchir de la servitude des occupations domestiques et de celles des affaires publiques" (Epicure, maxime 58).

Procureur: Qui a reçu une procuration.

Google
 

ancre





W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: