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Les Frelons et les Mouches à miel
 Livre I - Fable 21

C’est une nouvelle fois Phèdre qui, par sa fable « Les Abeilles et le Bourdon jugés par la Guêpe » (III, 2) a inspiré La Fontaine.

            A l'oeuvre on connaît l'artisan.

Quelques rayons de miel sans maître se trouvèrent :
                Des frelons les réclamèrent.
                Des abeilles s'opposant,
Devant certaine guêpe on traduisit la cause,.
Il était malaisé de décider la chose :
Les témoins déposaient qu'autour de ces rayons
Des animaux ailés, bourdonnants, un peu longs,
De couleur fort tannée, et tels que les abeilles,
Avaient longtemps paru. Mais quoi ! dans les frelons
           Ces enseignes étaient pareilles.
La guêpe, ne sachant que dire à ces raisons,
Fit enquête nouvelle, et pour plus de lumière,
            Entendit une fourmilière.
            Le point n'en put être éclairci
            "De grâce, à quoi bon tout ceci?
            Dit une abeille fort prudente,
Depuis tantôt six mois que la cause est pendante, 
            Nous voici comme aux premiers jours.
            Pendant cela le miel se gâte.
Il est temps désormais que le juge se hâte :
            N'a-t-il point assez léché l'ours ?
Sans tant de contredits et d'interlocutoires,
            Et de fatras et de grimoires,
            Travaillons, les frelons et nous :
On verra qui sait faire, avec un suc si doux,
            Des cellules si bien bâties. "
            Le refus des frelons fit voir
            Que cet art passait leur savoir ;
Et la guêpe adjugea le miel à leurs parties.

Plût à Dieu qu'on réglât ainsi tous les procès :
Que des turcs  en cela l'on suivît la méthode!
Le simple sens commun nous tiendrait lieu de code :
            Il ne faudrait point tant de frais ;
            Au lieu qu'on nous mange , on nous gruge,
            On nous mine par des longueurs ;
On fait tant, à la fin, que l'huître est pour le juge,
            Les écailles pour les plaideurs.


A l'oeuvre on connaît l'artisan: Sacy sera plus condensé que La Fontaine quand il écrira « A l’œuvre l’ ouvrier ».

Des frelons: Il convient de ne pas chercher dans cette fable un précis d’entomologie. La Fontaine remplace les bourdons, insectes paisibles s’il en est, par les frelons, nettement plus agressifs. La description des insectes est, comme vous le verrez, fantaisiste. Mais ce que nous lisons n’est pas un travail scientifique mais bien poétique. Notons que Nicolas Boileau avait écrit Comme on voit les frelons, troupe lâche et stérile, / Aller piller le miel que l’abeille distille ».

S'opposant: Terme juridique formant opposition. Toute la fable utilise des termes repris au vocabulaire de la justice.

On traduisit la cause: Un autre terme juridique signifiant renvoyer devant la justice.

Tannée: Brun clair. Tanner signifie ici de couleur brun clair. Le tan est la poudre obtenue en broyant l’écorce du chêne.

Paru: Eté aperçus.

Enseignes: Insignes.

Lêché l'ours: Voir le « Tiers-Livre » de Rabelais », chapitre XLII, « Comment naissent les procès, et comment ils viennent à perfection ». On y voit le juge Bridoye développer longuement la métaphore de l’ourse léchant son petit qui vient de naître.

La méthode turque passait pour extrêmement expéditive.

Qu'on nous mange: Que l’on prenne notre argent.

On nous gruge: On nous vole, on nous escroque.

...Les plaideurs: Voir « L’Huître et les Plaideurs » qui ne sera publiée pourtant qu’en 1671.

ancre





W. Aractingy 81 x 100 cm, Décembre 1992

Voyez aussi cette fable illustrée par:





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