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Les DIscours à Monsieur le Duc de La Rochefoucauld
 Livre X - Fable 14

Cette fable est habituellement connue sous le titre « Discours à M. le Duc de La Rochefoucauld ». Mais certains donnent à la deuxième partie (à partir du vers 10 « A l ‘heure de l’affût,... ») le titre « Les Lapins » prêté à cet extrait depuis 1709 seulement (voir, pour exemple « La Fontaine - Fables » ; Edition préfacée et commentée par Pierre Clarac - notes de Marie-France Azéma ; éditions ‘Le Livre de Poche’, n° 1198, 1996, p. 409). Je préfère cependant, à l'image de la plupart des auteurs et éditeurs, conserver l’appellation d’origine.
Pour bien comprendre ce texte, il faut se rappeler le « Discours à Madame de la Sablière » qui clôturait le livre IX. Chacun se souvient de la théorie des « animaux-machines » de Descartes, selon laquelle on peut dire - en simplifiant beaucoup - que les animaux réagissent à des réactions, comme des robots uniquement (pour de plus amples renseignements sur cette théorie, voir l’introduction du « Discours »). La Fontaine, tout comme Madame de Sévigné, réagiront contre cette théorie. Dans le « Discours », le poète prétendra que les animaux ne sont pas loin des hommes. La Fontaine s’adresse ici au duc François de La Rochefoucauld (1613-1680), auteur des célèbres « Sentences et Maximes morales » (1664 - dites « Les Maximes) dans lesquelles le moraliste prétend que toutes nos actions sont dictées par le seul intérêt. Nous trouvons une « Réflexion du rapport des hommes avec les animaux » ou le duc établit entre les caractères animaux et humains un certain nombre de correspondances (utilité de certains chiens, les lapins qui s’épouvantent puis se rassurent ; cf. « Maximes », Folio n° 728, p. 180-181).

Je me suis souvent dit, voyant de quelle sorte
            L'homme agit, et qu'il se comporte,
En mille occasions, comme les animaux:
«Le roi de ces gens-là n'a pas moins de défauts
            Que ses sujets, et la nature
            A mis dans chaque créature
Quelque grain d'une masse où puisent les esprits;
J'entends les esprits corps, et pétris de matière.»
            Je vais prouver ce que je dis.
A l'heure de l'affût, soit lorsque la lumière
Précipite ses traits dans l'humide séjour,
Soit lorsque le soleil rentre dans sa carrière,
Et que, n'étant plus nuit, il n'est pas encor jour,
Au bord de quelque bois sur un arbre je grimpe,
Et, nouveau Jupiter, du haut de cet Olympe
            Je foudroie, à discretion,
            Un lapin qui n'y pensait guère.
Je vois fuir aussitôt toute la nation
            Des lapins qui, sur la bruyère,
            L'oeil éveillé, l'oreille au guet,
S'égayaient, et de thym parfumaient leur banquet.
            Le bruit d'un coup fait que la bande
            S'en va chercher sa sûreté
            Dans la souterraine cité:
Mais le danger s'oublie, et cette peur si grande
S'évanouit bientôt; je revois les lapins,
Plus gais qu'auparavant, revenir sous mes mains.
Ne reconnaît-on pas en cela les humains?
            Dispersés par quelque orage,
            A peine ils touchent le port
            Qu'ils vont hasarder encor
            Même vent, même naufrage;
            Vrais lapins, on les revoit
            Sous les mains de la Fortune.
Joignons à cet exemple une chose commune.
Quand les chiens étrangers passent par quelque endroit,
            Qui n'est pas de leur détroit,
            Je laisse à penser quelle fête!
            Les chiens du lieu, n'ayant en tête
Qu'un intéret de gueule, à cris, à coups de dents,
            Vous accompagnent ces passants
            Jusqu'aux confins du territoire.
Un intéret de biens, de grandeur et de gloire,
Aux gouverneurs d'Etat, à certains courtisans,
A gens de tout métier, en fait tout autant faire.
            On nous voit tous, pour l'ordinaire,
Piller le survenant, nous jeter sur sa peau,
La coquette et l'auteur sont de ce caractère:
            Malheur à l'écrivain nouveau!
Le moins de gens qu'on peut à l'entour du gâteau,
            C'est le droit du jeu, c'est l'affaire.
Cent exemples pourraient appuyer mon discours;
         Mais les ouvrages les plus courts
Sont toujours les meilleurs. En cela j'ai pour guides
Tous les maîtres de l'art, et tiens qu'il faut laisser
Dans les plus beaux sujets quelque chose à penser:
            Ainsi ce discours doit cesser.
Vous qui m'avez donné ce qu'il a de solide,
Et dont la modestie égale la grandeur,
Qui ne pûtes jamais écouter sans pudeur
            La louange la plus permise,
            La plus juste et la mieux acquise;
Vous enfin, dont à peine ai-je encore obtenu
Que votre nom reçût ici quelques hommages,
Du temps et des censeurs défendant mes ouvrages,
Comme un nom qui, des ans et des peuples connu,
Fait honneur à la France, en grands noms plus féconde
            Qu'aucun climat de l'univers,
Permettez-moi du moins d'apprendre à tout le monde
Que vous m'avez donné le sujet de ces vers.

Le roi de ces gens-là: L’homme est présenté comme le roi des animaux.

Du haut de cet Olympe: Si Jupiter, dieu de la foudre, habitait l’Olympe, La Fontaine chassait, lui, en forêt de Chantilly.

Les ouvrages les plus courts: La Fontaine s’adresse à La Rochefoucauld dont les « Maximes » peuvent être considérées comme un modèle de concision.

Guides: nous avons là un modèle de rime d’un mot pluriel « guides » avec un singulier « solide ». Laxisme de La Fontaine ? Erreur de l’imprimeur ? Où cela a-t-il été voulu par le fabuliste ?

Quelques hommages:  La fable « L’Homme et son image » (Livre I, fable 11) a déjà été dédiée à François de La Rochefoucauld.

Un nom qui, des ans.....  La Rochefoucauld, un nom illustre depuis bien des temps et partout en France ou à l’étranger.

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W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: