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Les Poissons et le Berger qui joue de la Flûte
 Livre X - Fable 10

Inspirée d’Esope et de son apologue « Le Pêcheur qui joue de la flûte », cette fable aurait été utilisée, selon Hérodote, par Cyrus dans un épisode diplomatique après sa victoire sur Crésus. La Fontaine a utilisé ici le ton de la fable pastorale qu’il a déjà utilisé précédemment (voir, par exemple, « Tircis et Amarante », Livre VIII, fable 13). Il prône une dureté certaine. On a pu voir dans ce ton une allusion à la fin de la guerre de Hollande, où, par les traités de Nimègue, Louis XIV peut montrer à toute l’Europe sa puissance militaire et politique. Si la fable précédente était « du bon temps », celle-ci est bien de l’époque, celle où le plus fort dompte ses rivaux.

Tircis (1), qui pour la seule Annette (1)
            Faisait raisonner les accords
            D'une voix et d'une musette (2)
            Capables de toucher les morts,
            Chantait un jour le long des bords
            D'une onde arrosant les prairies
Dont Zéphire (3) habitait les campagnes fleuries.
Annette cependant à la ligne pêchait;
            Mais nul poisson ne s'approchait:
            La bergère perdait ses peines.
            Le berger, qui, par ses chansons,
            Eût attiré des inhumaines,
Crut, et crut mal, attirer des poissons.
Il leur chanta ceci : « Citoyens de cette onde,
Laissez votre Naïade (4) en sa grotte profonde (5);
Venez voir un objet mille fois plus charmant.
Ne craignez point d'entrer aux prisons de la belle ; (5)
            Ce n'est qu'à nous qu'elle est cruelle.
            Vous serez traités doucement ;
            On n'en veut point à votre vie : (6)
Un vivier vous attend, plus clair que fin cristal ;
Et, quand à quelques-uns l'appât serait fatal,
Mourir des mains d'Annette est un sort que j'envie. »
Ce discours éloquent ne fit pas grand effet ;
L'auditoire était sourd, aussi bien que muet :
Tircis eut beau prêcher. Ses paroles miellées
            S'en étant aux vents envolées,
Il tendit un long rets (6). Voilà les poissons pris ;
Voilà les poissons mis aux pieds de la bergère.

Ô vous, pasteurs d'humains (7) et non pas de brebis,
Rois, qui croyez gagner par raisons les esprits
            D'une multitude étrangère,
Ce n'est jamais par là que l'on en vient à bout.
            Il y faut une autre manière:
Servez-vous de vos rets; la puissance fait tout.


(1) Tircis - Annette : nom de personnages d’idylle, le premier est grec, le second bien français et familier. - Nous retrouvons le nom de « Tircis » dans « Le Berger et la mer », Livre IV, fable 2 et, bien sûr, dans « Tircis et Amarante », VIII, 13).

(2) Musette : Instrument de musique à air, composé d'un réservoir en forme de sac alimenté par un soufflet et muni d'un ou de deux tuyaux à anches et de quelques tuyaux. On l’attribue généralement aux bergers (voir aussi fable
précédente « Le Berger et le Roi », Livre X, fable 9, vers 69 : « [...] / Et, je pense, aussi sa musette ».

(3) Zéphyr : Vent printanier et doux. Ici, Zéphire est le dieu de la mythologie qui procure ce vent.

(4) Naïade : nymphe des eaux qui habite au fond des rivières.

(5) « De cette source une Naïade, / Tous les soirs ouvre le portail / De sa demeure de cristal, / Et vous chante une sérénade » (Théophile de Viau Œuvres poétiques », Genève, Droz et Lille, Giard, 1951, cité dans « La Fontaine - Œuvres complètes, tome I ; Fables, contes et nouvelles » édition établie, présentée et annotée par Jean-Pierre Collinet ; NRF Gallimard ; Bibliothèque de La Pléiade ; 1991, p. 1254).

(6) L’amant est prisonnier, retenu par les liens de l’amour.

(7) Annette pêche pour le plaisir, souvenir de l’« Age d’or » et de sa pure innocence.

(8) Filet pour prendre les poissons mais aussi pour attraper les oiseaux.

(9) Voir « Le Berger et le Roi », Livre X, fable 9, 15 : « Tu mérites, dit-il, d’être pasteur de gens ; / ... ».

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W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: