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Le Chien à qui on a coupé les oreilles
 Livre X - Fable 8

Cette fable, d’inspiration inconnue, peut être mise en parallèle avec la précédente, « La Perdrix et les Coqs » (Livre X, fable 7). Nous y trouvons en effet un animal à qui l’homme a coupé, les ailes en ce qui concerne la perdrix, les oreilles dans le cas du chien. De plus, les deux pièces commencent chacune par une réflexion intérieure d’un animal. Tous deux se plaignent de la sauvagerie des hommes. Mais si, dans le cas du volatile, l’ opération se borne à couper les ailes uniquement pour le profit de l’humain, les circonstances qui portent le maître à essoriller le molosse sont à première vue, uniquement faites au profit de l’animal (ce qu’essaient de nous cacher les lamentations de Mouflar). A première vue seulement puisque le vers 19 nous montre le mâtin muni d’un gorgerin.

          « Qu'ai-je fait, pour me voir ainsi
            Mutilé par mon propre maître ?
            Le bel état où me voici !
Devant les autres chiens oserai-je paraître ?
Ô rois des animaux, ou plutôt leurs tyrans,
            Qui vous feraient choses pareilles... »
Ainsi criait Mouflar, jeune dogue ; et les gens,
Peu touchés de ses cris douloureux et perçants,
Venaient de lui couper sans pitié les oreilles.
Mouflar y croyait perdre. Il vit avec le temps
Qu'il y gagnait beaucoup ; car étant de nature
A piller ses pareils, mainte mésaventure
            L'aurait fait retourner chez lui
Avec cette partie en cent lieux altérée :
Chien hargneux a toujours l'oreille déchirée.
 

Le moins qu'on peut laisser de prise aux dents d'autrui,
C'est le mieux. Quand on n'a qu'un endroit à défendre,
           On le munit, de peur d'esclandre.
Témoin Maître Mouflar armé d'un gorgerin;
Du reste ayant d'oreille autant que sur ma main :
            Un loup n'eût su par où le prendre.


Le roi des animaux : l’homme.

Mouflar: Le nom vient de « moufle »  qui, à l’époque de La Fontaine, signifiait un gros visage trop rond ; ce terme convient particulièrement au dogue.

Piller : mordre.

Le proverbe est « Chien hargneux a toujours les oreilles déchirées ». Il est cité par Antoine Oudin dans les « Curiosités françaises pour supplément aux dictionnaires » (1665) et par Adrien de Montluc dans sa « Comédie des
Proverbes ».

Esclandre : le terme n’a pas le sens de « scandale » ou de « querelle bruyante » qu’il revêt aujourd’hui ; il signifie ici « incident fâcheux ».

Gorgerin : il s’agit soit d’une pièce d’armure couvrant le cou, soit d’ un collier armé de clous qui entoure la gorge du chien, sens que le mot revêt ici. Ce terme prolonge les expressions militaires qui précèdent.

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ancre





W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: