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Le Loup et les Bergers
 Livre X - Fable 5

Dans la pièce précédente, nous avions vu la possibilité de lire les fables par sujets. Il s’agissait hier du thème de l’avarice. Mais celui du loup pourrait nous mener loin dans la pensée de La Fontaine. Du jeune loup brutal et qui cherche à excuser sa nature (« Le Loup et l’Agneau », Livre I, fable 10) nous arrivons au loup de cette fable s’étudiant par l’introspection et désireux - c’est là son erreur - de changer sa nature. Mais, comme dans « L’ Enfouisseur et son Compère », (Livre X, fable 4), ce n’est pas la réflexion mais une image, celle des bergers mangeant un agneau, qui lui fera prendre conscience de sa vraie nature et, ce faisant, du mode de vie que celle-ci l’ oblige à suivre. Pour rédiger cette fable, La Fontaine a pris texte sur un apologue d’Esope repris brièvement par Plutarque dans son « Banquet des sept Sages », puis par Marie de France (« Le Loup qui jugea par serment ») et divers autres auteurs (l’humaniste allemand Joachim Camerarius, Philibert Hégémon,...).

            Un loup rempli d'humanité
            (S'il en est de tels dans le monde)
            Fit un jour sur sa cruauté,
Quoiqu'il ne l'exerçât que par nécessité,
            Une réflexion profonde.
«Je suis haï, dit-il ; et de qui ? d'un chacun.
            Le loup est l'ennemi commun :
Chiens, chasseurs, villageois, s'assemblent pour sa perte ;
Jupiter est là-haut étourdi de leurs cris :
C'est par là que de loups l'Angleterre est déserte :
            On y mit notre tête à prix.
            Il n'est hobereau qui ne fasse
            Contre nous tels bans publier ;
            Il n'est marmot osant crier
Que du loup aussitôt sa mère ne menace.
            Le tout pour un âne rogneux,
Pour un mouton pourri, pour quelque chien hargneux,
            Dont j'aurai passé mon envie.
Eh bien! ne mangeons plus de chose ayant eu vie :
Paissons l'herbe, broutons, mourons de faim plutôt.
            Est-ce une chose si cruelle ?
Vaut-il mieux s'attirer la haine universelle ? »
Disant ces mots, il vit des bergers, pour leur rôt,
          Mangeants  un agneau cuit en broche.
            « Oh ! oh ! dit-il, je me reproche
Le sang de cette gent: voilà ses gardiens
            S'en repaissant eux et leurs chiens ;
            Et moi, loup, j'en ferai scrupule ?
Non, par tous les dieux ! non, je serais ridicule :
          Thibault l'agnelet passera,
            Sans qu'à la broche je le mette ;
Et non seulement lui, mais la mère qu'il tette,
            Et le père qui l'engendrera. »
  Ce loup avait raison. Est-il dit qu'on nous voie
            Faire festin de toute proie,
Manger les animaux ; et nous les réduirons
Aux mets de l'âge d'or autant que nous pourrons ?
            Ils n'auront ni croc ni marmite ?
            Bergers, bergers ! le loup n'a tort
            Que quand il n'est pas le plus fort :
            Voulez-vous qu'il vive en ermite?

...de loups l'angleterre est déserte: Allusion au roi des Anglo-Saxons Edgar le Pacifique (944-975) qui décréta que les seigneurs anglais seraient dispensés de payer l’impôt s’ils lui envoyaient trois cents têtes de loups. Cette mesure contribua efficacement à l’élimination complète de cet animal en Angleterre (lire à ce sujet les textes de Henri Busson (« Littérature et théologie », PUF, 1962), Tabarin (« Œuvres complètes », P. Jannet, 1858) et d’Assoucy (« Les aventures burlesques » Adolphe Delahays, 1858).

Hobereau:  Petit seigneur habituellement campagnard.

Ban : de bannissement.

...sa mère ne menace « Il entend un enfant crier. / La mère aussitôt le gourmande, / Le menace, s’il ne se tait, / De le donner au loup. » (« Le Loup, la Mère et l’ Enfant », Livre IV, fable 16, vers 39-41).

Rogneux : qui est atteint de la gale ; une expression wallonne dit savoureusement : « Qu’ si qu’est rogneux qui s’grète » : « Que celui qui est rogneux se gratte » avec la signification « tant pis pour celui que cela dérange » .

Etre atteint du pourri, c’est-à-dire d’une espèce de clavelée, maladie proche de la variole, propre aux moutons.

Rôt: Rôti.

Mangeants: Le participe présent s’accordait à l’époque. C’est en 1679 seulement que l’Académie française le rendra invariable dans cet usage.

Thibault l'Agnelet: Nom qui vient de « La farce de Maître Pathelin ». Thibault l’Aignelet y est le nom du berger. Nous retrouverons ce même nom de Thibault l’Aignelet dans l’épisode des moutons de Dindenault chez Rabelais (« Quart-Livre »,chapitre VIII) mais ici il s’agit d’un mouton.

Passera : subira la peine de mort.

Est-il dit : sera-t-il dit.

Croc : crochet de boucherie auquel on suspend la viande.

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ancre





W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: