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Rien de trop
 Livre IX - Fable 11

Les passants pouvaient lire, au fronton du temple de Delphes, en Grèce, sur le versant sud-ouest du Parnasse, la devise fameuse « Connais-toi toi-même... ». Une autre devise célèbre s’inscrivait sur ce même sanctuaire « Rien de trop » (« Ne quid minis »). Cette maxime a été reprise par Horace (« Satires », livre I, 1) « De la mesure en toute chose ».
Les exemples illustrant « Rien de trop » proviennent de sources diverses. Ainsi, celui traitant des épis est emprunté aux « Georgiques » de Virgile ((I, 1), tandis que le second résume un apologue d’Abstémius « Les Moutons qui tondaient les moissons d’une façon immodérée »). En bon épicurien, La Fontaine reconnaît cependant, aux deux derniers vers, que les déséquilibres qu’il dénoncent ne peuvent être étranger à quiconque.

            Je ne vois point de créature
            Se comporter modérément.
            Il est certain tempérament
            Que le maître de la nature
Veut que l'on garde en tout. Le fait-on ? nullement.
Soit en bien, soit en mal, cela n'arrive guère.
Le blé, riche présent de la blonde Céres,
Trop touffu bien souvent, épuise les guérets :
En superfluités s'épandant d'ordinaire,
            Et poussant trop abondamment,
            Il ôte à son fruit l'aliment.
L'arbre n'en fait pas moins : tant le luxe sait plaire !
Pour corriger le blé, Dieu permit aux moutons
De retrancher l'excès des prodigues moissons :
            Tout au travers ils se jetèrent,
            Gâtèrent tout et tout broutèrent ;
            Tant que le ciel permit aux loups
D'en croquer quelques-uns : ils les croquèrent tous ;
S'ils ne le firent pas, du moins ils y tâchèrent.
            Puis le ciel permit aux humains
De punir ces derniers : les humains abusèrent
            A leur tour des ordres divins.
De tous les animaux, l'homme a le plus de pente
            A se porter dedans l'excès.
            Il faudrait faire le procès
Aux petits comme aux grands. Il n'est âme vivante
Qui ne prêche en ceci. « Rien de trop » est un point
Dont on parle sans cesse, et qu'on n'observe point.

Tempérament : il s’agit de la « juste mesure » que défendait Horace dans « Satires », Livre I).

Le blé, riche présent.... : Dans « Psyché », La Fontaine écrira : « De blé, riche présent qu’à l’ homme ont fait les cieux ». Nous pourrions citer Bensserade (« Métamorphose d’Ovide en rondeaux » : « D’un grand secours sont les riches présents / Que fait Cérès aux humains tous les ans. » (cité dans « La Fontaine - Œuvres complètes, tome I ; Fables, contes et nouvelles » édition établie, présentée et annotée par Jean-Pierre Collinet ; NRF Gallimard ; Bibliothèque de La Pléiade ; 1991, p. 1233).

Cérès : La déesse romaine des moissons qui correspond à la Déméter grecque.

« L’excès des prodigues moissons » est un emprunt fait à Virgile « Géorgiques », I, 112) : « faire brouter l’herbe tendre encore, l’excessive richesse des moissons ».

De tous les animaux : de tous les êtres animés.

ancre





Gustave Doré

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