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Le Chien qui porte à son cou le dîné de son Maître
 Livre VIII - Fable 7

Cette histoire semble avoir pris naissance en Allemagne au XVIe siècle. Elle connaîtra vite une grande renommée. Bien que La Fontaine présente l‘histoire comme un fait dont il aurait été témoin pendant son enfance, c’est sans doute chez Samuel Sorbière, un libertin érudit, (dans ses « Discours sceptiques », datés de 1656) que La Fontaine aura pris connaissance de ce récit. Notons la leçon qu’en tire le fabuliste français. Celle-ci nous mène fort loin de l’image idéalisée que nous nous sommes forgée du grand siècle (et, d’une manière plus précise, de ses magistrats).

Nous n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles,
            Ni les mains à celle de l'or:
            Peu de gens gardent un trésor
            Avec des soins assez fidèles.

Certain chien, qui portait la pitance au logis,
S'était fait un collier du dîné de son maître.
Il était tempérant, plus qu'il n'eût voulu l'être
            Quand il voyait un mets exquis;
Mais enfin il l'était, et tous tant que nous sommes
Nous nous laissons tenter à l'approche des biens.
Chose étrange! on apprend la tempérance aux chiens,
            Et l'on ne peut l'apprendre aux hommes !
Ce chien-ci donc étant de la sorte atourné,
Un mâtin passe, et veut lui prendre le dîné.
            Il n'en eut pas toute la joie
Qu'il espérait d'abord: le chien mit bas la proie
Pour la défendre mieux n'en étant plus chargé;
            Grand combat; d'autres chiens arrivent;
            Ils étaient de ceux-là qui vivent
Sur le public, et craignent peu les coups.
Notre chien, se voyant trop faible contre eux tous,
Et que la chair courait un danger manifeste,
Voulut avoir sa part; et, lui sage, il leur dit :
«Point de courroux, messieurs, mon lopin me suffit ;
            Faites votre profit du reste.»
A ces mots, le premier, il vous happe un morceau;
Et chacun de tirer, le mâtin, la canaille,
        A qui mieux mieux. Ils firent tous ripaille ;
            Chacun d'eux eut part au gâteau.

Je crois voir en ceci l'image d'une ville
Où l'on met les deniers à la merci des gens.
            Echevins, prévôt des marchands,
            Tout fait sa main; le plus habile
Donne aux autres l'exemple, et c'est un passe-temps
De leur voir nettoyer un monceau de pistoles.
Si quelque scrupuleux, par des raisons frivoles,
Veut défendre l'argent et dit le moindre mot,
            On lui fait voir qu'il est un sot.
            Il n'a pas de peine à se rendre :
            C'est bientôt le premier à prendre.

Nous n'avons pas les yeux ...: Et donc, nous devrions nous en garder, selon La Fontaine.

La pitance est la nourriture habituelle.

Dîné: On écrivait indifféremment « dîné » ou « dîner », « soupé », « souper » ou « soupée ». Le dîner signifiait - comme c’est encore le cas aujourd’hui en Belgique - le repas de midi.

Atourné signifie la manière dont une dame était parée. Le terme était déjà vieilli au temps de La Fontaine.

Lopin (du latin « lobus », partie) ; ici ma (petite) part.

La canaille: La bande de chiens (sens étymologique du terme).

Sa main: Son profit.

Se rendre: Se rendre aux raisons invoquées.

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ancre





W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: