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La Cour du Lion
 Livre VII - Fable 7

Inspirée des " Isopets " (XIIe siècle) de Marie de France qui elle-même s'était inspirée de Phèdre (" Le Lion régnant "). Mme de Sévigné écrivait au Comte de Grignan " Voilà une des fables les plus jolies ; ne connaissez-vous personne qui soit aussi bon courtisan que le renard ? ". Nous pouvons rapprocher ce poème de cette autre fable " Les animaux malades de la peste " (Livre VII - F. 1).

Sa Majesté lionne un jour voulut connaître
De quelles nations le ciel l'avait fait maître.
            Il manda donc par députés
            Ses vassaux de toute nature,
            Envoyant de tous les côtés
            Une circulaire écriture,
            Avec son sceau. L'écrit portait
            Qu'un mois durant le roi tiendrait
            Cour plénière, dont l'ouverture
            Devait être un fort grand  festin,
            Suivi des tours de Fagotin.
            Par ce trait de magnificence
Le prince à ses sujets étalait sa puissance.
            En son Louvre il les invita.
Quel Louvre! un vrai charnier, dont l'odeur se porta
D'abord au nez des gens. L'ours boucha sa narine:
Il se fut bien passé de faire cette mine;
Sa grimace déplut: le monarque irrité
L'envoya chez Pluton faire le dégoûté.
Le singe approuva fort cette sévérité,
Et flatteur excessif, il loua la colère
Et la griffe du prince, et l'antre, et cette odeur:
            Il n'était ambre, il n'était fleur
Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie
Eut un mauvais succès, et fut encor punie:
            Ce Monseigneur du lion-là
            Fut parent de Caligula.
Le renard étant proche: «Or cà, lui dit le sire,
Que sens-tu? dis le moi: parle sans déguiser.»
            L'autre aussitôt de s'excuser,
Alléguant un grand rhume: il ne pouvait que dire
            Sans odorat; bref, il s'en tire.

            Ceci vous sert d'enseignement:
Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire,
Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère,
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.

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ancre





W. Aractingy

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