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Le Héron
 Livre VII - Fable 4

Vous vous souvenez de la fable double qui ouvre le sixième livre des Fables (“Le Pâtre et le Lion” suivie de “Le Lion et le Chasseur”). Voici la première de fables jumelles, “Le Héron”; vous pourrez lire ensuite la seconde, “la Fille”. Vous pourrez comparer les deux conclusions similaires: “...il fut tout heureux et tout aise / De rencontrer un limaçon” et “Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse / De rencontrer un malotru”.
Inspirée de “L’Oiseleur et le Pinson” d’Abstémius, cette fable s’en détache par le sujet de l’apologue: l’oiseleur de l’auteur de l’“Hécatomythion”, jamais content du résultat de ses chasses, est remplacé chez le poète français par un héron.
Nous retrouvons un sujet analogue chez Straparola (“Les facétieuses Nuits, VII, 1).

Un jour, sur ses longs pieds, allait, je ne sais où,
Le héron au long bec emmanché d'un long cou:
            Il côtoyait une rivière.
L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours;
Ma commère la carpe y faisait mille tours,
            Avec le brochet son compère.
Le héron en eût fait aisément son profit:
Tous approchaient du bord, l'oiseau n'avait qu'à prendre.
            Mais il crut mieux faire d'attendre
            Qu'il eût un peu plus d'appétit:
Il vivait de régime et mangeait à ses heures.
Après quelques moments, l'appétit vint: l'oiseau,
            S'approchant du bord, vit sur l'eau
Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures.
Le mets ne lui plut pas; il s'attendait à mieux,
            Et montrait un goût dédaigneux,
            Comme le rat du bon Horace.
«Moi, des tanches! dit-il; moi, héron, que je fasse
Une si pauvre chère? Et pour qui me prend-on?»
La tanche rebutée, il trouva du goujon.
«Du goujon! c'est bien là le dîner d'un héron!
J'ouvrirais pour si peu le bec! aux dieux ne plaise!»
Il l'ouvrit pour bien moins: tout alla de façon
            Qu'il ne vit plus aucun poisson.
La faim le prit: il fut tout heureux et tout aise
            De rencontrer un limaçon.

            Ne soyons pas si difficiles:
Les plus accommodants, ce sont les plus habiles;
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
            Gardez-vous de rien dédaigner,
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.
Bien des gens y sont pris. Ce n'est pas aux hérons
Que je parle; écoutez, humains, un autre conte:
Vous verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons.

Le rat du bon Horace: Voir “Le Rat de ville et le Rat des champs”, Livre I, fable 9.

Ne soyons pas si difficiles: La Fontaine dira aussi (dans “L’âne et le Chien” (Livre VIII, 17, v. 12): “Il ne faut pas toujours être si délicat”. Voir aussi “Les délicats sont malheureux: / Rien ne saurait les satisfaire”, dans “Contre ceux qui ont le goût difficile”, v. 55-56.

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W. Aractingy

Voyez aussi cette fable illustrée par: