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Le Dragon à plusieurs têtes et le dragon à plusieurs queues.
 Livre I - Fable 12

Cette fable a longtemps été attribuée a des auteurs assez fantaisistes (Genghis Khan en personne, par exemple). D’autres ont vu dans ce poème une création de La Fontaine lui-même. On sait depuis quelques années, par les travaux de Jacqueline Plantié (*), que l’inspiration en est venue au fabuliste à la lecture d’un recueil de « facéties » de Louis Garon (« Le Chasse Ennuy ou l’Honnête Entretien des bonnes compagnies », édité à Lyon en 1600).
Certains ont vu dans le dragon à plusieurs têtes une allégorie représentant les coalisés ligués contre Louis XIV, celui-ci étant, dans cette hypothèse, représenté par le dragon à plusieurs queues. Alain-Marie Bassy voit plutôt la menace des Turcs sur l’Europe (bataille du Saint-Gothard de 1664 où se trouvait un régiment français) (« La Fontaine - Fables » - présentées par Alain-Marie Bassy, bibliographie et notes par Yves Le Pestipon, GF-Flammarion, 1995, p. 418).
Quoi qu’il en soit, c’est la première fois que La Fontaine fait apparaître des orientaux dans une fable.
(*) Jacqueline Plantié « L’aboutissement de la tradition facétieuse dans une fable et un conte de La Fontaine », Revue d’histoire littéraire de la France, juillet-août 1984, p. 531-534

            Un envoyé du Grand Seigneur
Préférait, dit l'Histoire, un jour chez l'Empereur
Les forces de son maître à celles de l'Empire.
            Un Allemand se mit à dire :
            «Notre prince a des dépendants
            Qui, de leur chef  sont si puissants
Que chacun d'eux pourrait soudoyer une armée.»
            Le Chiaoux, homme de sens,
            Lui dit : «Je sais par renommée
Ce que chaque Electeur peut de monde fournir ;
            Et cela me fait souvenir
D'une aventure étrange, et qui pourtant est vraie.
J'étais en un lieu sûr, lorsque je vis passer
Les cent têtes d'une hydre au travers d'une haie.
            Mon sang commence à se glacer ;
            Et je crois qu'à moins on s'effraie.
Je n'en eus toutefois que la peur sans le mal :
            Jamais le corps de l'animal
Ne put venir vers moi, ni trouver d'ouverture.
            Je rêvais à cette aventure,
Quand un autre dragon, qui n'avait qu'un seul chef
Et bien plus qu'une queue, à passer se présente.
            Me voilà saisi derechef
            D'étonnement et d'épouvante.
Ce chef passe, et le corps, et chaque queue aussi :
Rien ne les empêcha ; l'un fit chemin à l'autre.
            Je soutiens qu'il en est ainsi
            De votre Empereur et du nôtre.»

Le Grand Seigneur: Le sultan de Constantinople, appelé aussi « le Grand Turc ».

L'Empereur: L’empereur d’Allemagne. En effet, selon Furetière, « ce nom est restreint à celui qui commande en Allemagne ».

Des dépendants: Des sujets dépendant du prince, des vassaux.

De leur chef: Par eux-mêmes.

Soudoyer, en ce sens, ne porte en lui aucune idée de corruption. Il signifie simplement engager et payer une armée de mercenaires. Ce terme n’ est employé que dans le langage écrit.

Chiaoux: Définition de Furetière « Chiaoux... officier de la porte [de la Cour] du grand Seigneur, qui fait office d’huissier. » Le Chiaoux peut parfois servir d’ambassadeur.

Chaque Electeur: Certains vassaux avaient le droit de participer à l’élection de l’ Empereur. D’où Electeurs.

L’hydre - et plus précisément l’hydre de Lerne - était, dans la mythologie grecque, ce serpent monstrueux à sept têtes. Lorsqu’une de celles-ci était coupée, elle repoussait aussitôt. Elle fut tuée par Hercule qui trancha les sept têtes d’un seul coup.

Chef: Tête (d’où couvre-chef pour chapeau).

Derechef: A nouveau.

Epouvante: Au sens classique, signifie stupeur. Etre frappé d’étonnement être frappé comme par un coup de tonnerre.

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W. Aractingy 81 x 100 cm, Juillet 1994

Voyez aussi cette fable illustrée par: