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Le Lièvre et la Tortue
 Livre VI - Fable 10

Un « classique », aussi connu que « Le corbeau et le Renard » ou « La Cigale et la Fourmi » ! Cette fable a été inspirée par Esope (« La Tortue et le Lièvre »).
La meilleure approche de cette pièce nous est donnée par Marc Fumaroli lorsqu'il dit : « Il est difficile de trouver un meilleur exemple de la manière dont La Fontaine, sans y toucher, fait passer dans la culture française et moderne la fleur de la plus ancienne tradition à la fois littéraire, savante et sapientale » (« La Fontaine - Fables » Edition de Marc Fumaroli, Le Livre de Poche, Classiques modernes, La Pochothèque, 1985, p. 865).

Rien ne sert de courir; il faut partir à point :
Le lièvre et la tortue en sont un témoignage.
«Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt que moi ce but. - Sitôt? Êtes-vous sage ?
            Repartit l'animal léger :
            Ma commère, il vous faut purger
            Avec quatre grains d'ellébore.)
            - Sage ou non, je parie encore."
            Ainsi fut fait; et de tous deux
            On mit près du but les enjeux :
            Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
            Ni de quel juge l'on convint.
Notre lièvre n'avait que quatre pas à faire,
J'entends de ceux qu'il fait lorsque, prêt d'être atteint,
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux calendes,
            Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
            Pour dormir et pour écouter
        D'où vient le vent, il laisse la tortue
            Aller son train de sénateur.
            Elle part, elle s'évertue,
            Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
            Tient la gageure à peu de gloire,
            Croit qu'il y a de son honneur
        De partir tard. Il broute, il se repose,
            Il s'amuse à toute autre chose
        Qu'à la gageure. A la fin, quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la tortue arriva la première.
"Eh bien! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
            De quoi vous sert votre vitesse ?
            Moi l'emporter! et que serait-ce
            Si vous portiez une maison ?"

Purger : ici, « se purger l'esprit ».

Ellébore (ou hellébore) : plante dont les graines avaient, disait-on, la propriété de guérir la folie. Deux grains suffisaient. Pourtant, notre lièvre double allègrement la dose... Voici quelques citations se rapportant à l'ellébore : « On ne saurait être sage sans s'être purgé le cerveau trois fois avec de l'ellébore » (« Lucien, « Les sectes des philosophes à l' ncan », t. I, p. 265 ; « On dit proverbialement qu'un homme a besoin de deux grains d'ellébore pour dire qu'il est fou. » (Furetière) ; Molière va plus loin en faisant dire à Sosie qu'Alcmène a besoin de six grains d'ellébore (Molière, « Amphitryon », acte II, scène II, v. 940). Pour ceux qui veulent vraiment tout savoir, qu'ils sachent qu'un grain égale 5 grammes environ.

Calendes: On dit souvent : « renvoyer aux calendes grecques ». Pourtant, les calendes désignaient le premier jour du mois chez les Romains et étaient inconnues des Grecs.

à : comme valant.

Carrière : dans les courses de char, ce mot désigne la piste.

Elle crie, c'est-à-dire qu'elle est loin du lièvre...

..Si vous portiez une maison: ... et elle ironise de surcroît.

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ancre





W. Aractingy 81 x 100 cm, Janvier 1989

Voyez aussi cette fable illustrée par: