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Le Serpent et la Lime
 Livre V - Fable 16

Nous nous trouvons ici devant une amplification d’un court poème d’Esope « La Vipère et la Lime ». Mais nous pouvons aussi retrouver trace de l’inspiration du fabuliste chez ce même Esope dans un autre apologue « La Belette et la Lime ». Phèdre reprendra la même idée et écrira « La Vipère et la Lime ». Tanneguy Le Fèvre écrira lui aussi une paraphrase en vers français que La Fontaine a probablement connue. Le fabuliste de Château-Thierry introduira le temps dans sa fable marquant ainsi que celui-ci est seul apte à juger de la valeur d’une œuvre.

On conte qu'un serpent, voisin d'un horloger
(C'était pour l'horloger un mauvais voisinage),
Entra dans sa boutique, et, cherchant à manger,
            N'y rencontra pour tout potage
Qu'une lime d'acier, qu'il se mit à ronger.
Cette lime lui dit, sans se mettre en colère :
"Pauvre ignorant ! et que prétends-tu faire ?
            Tu te prends à plus dur que toi.
            Petit serpent à tête folle,
            Plutôt que d'emporter de moi
            Seulement le quart d'une obole,
            Tu te romprais toutes les dents.
            Je ne crains que celles du temps."

Ceci s'adresse à vous, esprits du dernier ordre,
Qui, n'étant bons à rien, cherchez sur tout à mordre.
            Vous vous tourmentez vainement.
Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages
                    Sur tant de beaux ouvrages ?
Ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant .

Pour tout potage:Pour toute nourriture.

Une obole: Une monnaie athénienne de peu de valeur. Je notais dans « La Colombe et la Fourmi » (Livre II, fable 12, note 8) : « L’obole est, au départ, une monnaie athénienne de peu de valeur (la sixième partie de la drachme. C’est cette monnaie que l’on plaçait à l’intérieur de la bouche des mort afin qu’ils puissent payer à Caron le passage du fleuve des Enfers, le Styx. ». J’ajoute que, en médecine, l’obole est un poids de dix ou douze grains - un grain valant 0,053 g - ou d’un demi-scrupule. L’édition de 1678 indique « un obole ». Le genre du nom pouvait être masculin ou féminin à l’époque mais le féminin commençait déjà à s’imposer. L’Académie tranchera définitivement en faveur du féminin en 1692. 

Je ne crains que celles du temps: Le temps est le seul à pouvoir juger de la valeur d’une œuvre. Ovide avait déjà écrit dans ses « Métamorphoses » (Livre XIV, vers 234) : « Le temps qui dévore toute chose ».

Cherchez sur tout à mordre: Voir Horace, « Satires », livre II, vers 77 - 78 : « L’envie sera bien obligée de reconnaître que j’ai vécu près des grands : elle croira mordre sur une proie facile à déchirer mais elle la trouvera résistante. » (dans Horace - Œuvres » traduction et notes de François Richard, GF - Flammarion, n° 159, 1967, p. 177).

Croyez-vous... ouvrages: La Fontaine vise évidemment les critiques.

Airain :terme vieilli. Ce mot vient tout droit du latin æs/æris. Le terme était d'usage courant, comme dans la devise "Murus æreus consciencia clara" (une conscience claire est un mur de bronze). Le bronze a joué un rôle éminent dans l'histoire de la civilisation (âge du bronze = 2è millénaire en Occident). Il était plus facile à fondre que le fer et l'acier qui nécessitèrent des progrès ultérieurs en métallurgie. Il est en outre moins dur, mais résiste mieux à l'oxydation. On a retrouvé à Delphes (aurige), à Châtillon sur Seine (vase de Vix) et à Riace en Grande Grèce (Poseïdon) des pièces de fonderie dans un état de conservation admirable. 

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ancre





W. Aractingy 81 x 100 cm, Mars 1993

Voyez aussi cette fable illustrée par: