Une fable au hasard

Les 12 livres

Les Fables

Tris de fables

Le bestiaire

Les personnages

Morales et maximes

Les sources

 Portugais
 Italien
 Allemand
 Anglais

Contact JMB
Envoyez une carte postale avec cette illustration
Signaler cette fable à un ami
Imprimer

Les lectures de JMB
Allez voir mes lectures.

Le Blog de JMB
Mes textes personnels






La Cigale et la Fourmi
 Livre I - Fable 1

Cette fable est la première en place dans le premier livre de La Fontaine. Mais il est fort probable qu’elle ait été écrite après bien d’autres. C’est La Fontaine lui même qui lui a assigné cette situation. Aucune autre fable n’a suscité autant de commentaires que celle-ci, d’abord parce qu’elle est la première, ensuite parce qu’il s’agit d’un « classique » connu par tout le monde. Ne citons que deux exemples extrêmes. Ainsi, Rousseau l’a donnée en exemple de ce qu’il convenait de ne pas faire lire aux enfants car il craignait que ceux-ci ne prennent la cigale pour exemple. Taine voit dans cette fable l’homme du sud (la cigale) opposé à l’homme du nord. Ces deux analyses sont évidemment totalement exagérées. Notons aussi que Fabre (cf. infra, note 2) s’est efforcé de trouver toutes les erreurs contenues dans cette fable. Cela n’a jamais, heureusement, empêché quiconque de trouver énormément de plaisir à lire et étudier « La Cigale et la Fourmi ». La source de cet apologue est à chercher chez Esope « La Cigale et la Fourmi, la Fourmi et l’Escarbot (*)». Le rhéteur du IIIe siècle, Aphtonius la reprendra et en fera un exercice littéraire. La Fontaine a eu connaissance de la version d’Esope comme du travail d’Aphtonius. (*) Escarbot est le nom donné à divers coléoptères parmi lesquels figure le hanneton ; certains ont d’ailleurs traduit le titre d’Esope par « La Fourmi et le Hanneton ».

La cigale , ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle
«Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'oût , foi d'animal,
Intérêt et principal
La fourmi n'est pas prêteuse ;
C'est là son moindre défaut.
«Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien : dansez maintenant.»

C’est ici la seule apparition de la cigale dans les fables (nous pouvons cependant la retrouver brièvement dans « La Vie d’Esope le Phrygien »). Cet insecte, dans l’Antiquité, symbolisait le poète dans toute son insouciance (« Je suis l’insecte aimé du poète et des dieux », écrira bien plus tard Jean Aicard, dans « Poèmes de la Provence »). Chevalier et Gheerbrant notent la cigale « est devenue l’attribut des mauvais poètes, dont l’inspiration est intermittente. Elle est prise pour l’ image de la négligence et de l’imprévoyance (La Fontaine) » (« Dictionnaire des symboles », Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Editions Robert Laffont, 1982, p. 198. Pour Jean Baudoin, la cigale évoque Homère. Pour la fine bouche, citons Jean Lautret qui écrivait en 1619 « J’ai imité donc les cigales / Qui se dupaient sans intervalles, / Voyant travailler les formis. / Ha ! qu’il n’y a telle finesse / Que d’acquérir pour sa vieillesse / Un peu de bien et des amis. » (cité dans « La Fontaine - Œuvres complètes, tome I ; Fables, contes et nouvelles » édition établie, présentée et annotée par Jean-Pierre Collinet ; NRF Gallimard ; Bibliothèque de La Pléiade ; 1991, p. 1060).


De mouche ou de vermisseau: Jean-Henri Fabre (1823-1915) dans ses « Souvenirs entomologiques » relève les erreurs de L.F. concernant la cigale elle ne dispose pour s’ alimenter que d’un suçoir et n’a rien à faire de mouches ou de vermisseaux. Il y a d’autres fantaisies la cigale meurt à la fin de l’été et ne peut donc crier famine quand la bise souffle. La fourmi, qui dort en hiver dans sa fourmilière ne peut l’entendre ; d’autre part, elle est carnivore et n’ amasse pas le grain... ». La Fontaine est un naturaliste plein de fantaisie, sans souci de la vérité [...]. Mais [...], c’est un peintre animalier de grande valeur. » (René Bray Les « Fables » de La Fontaine). (Note reprise de Thérèse).


L’août est la « moisson qui se fait durant le mois d’août » (Richelet). « Aoust... signifie aussi la récolte, la moisson des blés. » (Furetière, cité dans « La Fontaine - Fables » ; Le Livre de Poche ; Classiques modernes ; La Pochothèque ; édition de Marc Fumaroli ; 1997, p. 818). L’orthographe utilisée ici par La Fontaine n’est pas conforme à l’étymologie (du latin augustum ») mais seulement en accord avec la prononciation.


Le principal :le capital.


Son moindre défaut: Il ne faut pas comprendre ce vers en son sens premier mais au contraire la fourmi peut être habillée de bien des défauts mais pas de celui qui consiste à prêter inconsidérément.


Emprunteuse: Le féminin d’emprunteur n’est utilisé que de manière burlesque.

Google
 

ancre





Christian Richet ©

Voyez aussi cette fable illustrée par: