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Ls nouveaux contes.
Publiés sans achevé d'imprimer, privilège ni permission en 1674.

Comment l'esprit vient aux filles
Le Troqueurs
Le cas de conscience
Le Diable de Papefiguière
Féronde ou le purgatoire
Le Psautier
Le Roi Candaule et le maître en droit
Le Diable en enfer
La Jument du compère Pierre
Paté d'anguille
Le Lunettes
Janot et Catin
Le Cuvier
La Chose impossible
Le Magnifique
Le Tableau


Paté d'anguille


Même beauté, tant soit exquise,
Rassasie et soule à la fin.
Il me faut d’un et d’autre pain ;
Diversité c’est ma devise.
Cette maîtresse un tantet bise
Rit à mes yeux; pourquoi cela ?
C’est qu’elle est neuve ; et celle-là
Qui depuis longtemps m'est acquise
Blanche qu’elle est, en nulle guise
Ne me cause d’émotion.
Son cœur dit oui; le mien dit non ;
D’où vient ? en voici la raison,
Diversité c’est ma devise.
Je l'ai jà dit d'autre façon
Car il est bon que l’on déguise
Suivant la loi de ce dicton,
Diversité c'est ma devise.
Ce fut celle aussi d'un mari
De qui la femme était fort belle.
Il se trouva bientôt guéri
De l'amour qu'il avait pour elle.
L'hymen, et la possession
Eteignirent sa passion.
Un sien valet avait pour femme
Un petit bec assez mignon:
Le maître étant bon compagnon,
Eut bientôt empaumé la dame.
Cela ne plut pas au valet,
Qui les ayant pris sur le fait,
Vendiqua son bien de couchette,
A sa moitié chanta goguette,
L'appela tout net et tout franc...
Bien sot de faire un bruit si grand
Pour une chose si commune;
Dieu nous gard de plus grand' fortune.
Il fit à son maître un sermon.
Monsieur, dit-il, chacun la sienne
Ce n'est pas trop; Dieu et raison
Vous recommandent cette antienne.
Direz-vous, je suis sans chrétienne ?
Vous en avez à la maison
Une qui vaut cent fois la mienne.
Ne prenez donc pas tant de peine:
C'est pour ma femme trop d'honneur;
Il ne lui faut si gros monsieur.
Tenons-nous chacun à la notre;
N'allez point à l'eau chez un autre,
Ayant plein puits de ces douceurs;
Je m'en rapporte aux connaisseurs:
Si Dieu m'avait fait tant de grâce,
Qu'ainsi que vous je disposasse
De Madame, je m'y tiendrais,
Et d'une reine ne voudrais.
Mais puisqu'on ne saurait défaire
Ce qui s'est fait, je voudrais bien,
(Ceci soit dit sans vous déplaire)
Que content de votre ordinaire
Vous ne goûtassiez plus du mien.
Le patron ne voulut lui dire
Ni oui ni non sur ce discours;
Et commanda que tous les jours
On mît aux repas, près du sire,
Un pâté d'anguille; ce mets
Lui chatouillait fort le palais.
Avec un appétit extrême
Une et deux fois il en mangea:
Mais quand ce vint à la troisième
La seule odeur le dégoûta.
Il voulut sur une autre viande
Mettre la main; on l’empêcha:
Monsieur, dit-on, nous le commande:
Tenez-vous-en à ce mets-la:
Vous l'aimez, qu’avez-vous à dire ?
M'en voilà soûl, reprit le sire.
Et quoi toujours pâtés au bec !
Pas une anguille de rôtie !
Pâtés tous les jours de ma vie !
J'aimerais mieux du pain tout sec:
Laissez-moi prendre un peu du vôtre:
Pain de par Dieu, ou de par l'autre:
Au diable ces pâtés maudits;
Ils me suivront en paradis,
Et par-delà, Dieu me pardonne.
Le maître accourt soudain au bruit,
Et prenant sa part du déduit,
Mon ami, dit-il, je m’étonne
Que d'un mets si plein de bonté
Vous soyez si tôt dégoûté.
Ne vous ai-je pas ouï dire
Que c'était votre grand ragoût ?
Il faut qu'en peu de temps, beau sire
Vous ayez bien changé de goût ?
Qu'ai-je fait qui fût plus étrange ?
Vous me blâmez lorsque je change
Un mets que vous croyez friand,
Et vous en faites tout autant.
Mon doux ami, je vous apprends
Que ce n'est pas une sottise,
En fait de certains appétis,
De changer son pain blanc en bis:
Diversité c’est ma devise.
Quand le maître eut ainsi parlé,
Le valet fut tout consolé.
Non que ce dernier n‘eût à dire
Quelque chose encor là-dessus
Car après tout doit-il suffire
D’alléguer son plaisir sans plus ?
J’aime le change. A la bonne heure,
On vous l'accorde; mais gagnez
S'il se peut les intéressés:
Cette voie est bien la meilleure:
Suivez-la donc. A dire vrai,
Je crois que l'amateur du change
De ce conseil tenta l'essai.
On dit qu'il parlait comme un ange,
De mots dorés usant toujours:
Mots dorés font tout en amours.
C'est une maxime constante:
Chacun sait qu'elle est mon entente:
J'ai rebattu cent et cent fois
Ceci dans cent et cent endroits:
Mais la chose est si nécessaire,
Que je ne puis jamais m'en taire,
Et redirai jusques au bout,
Mots dorés en amours font tout.
Ils persuadent la donzelle,
Son petit chien, sa demoiselle,
Son époux quelquefois aussi;
C'est le seul qu'il fallait ici
Persuader; il n'avait l'âme
Sourde à cette éloquence; et dame
Les orateurs du temps jadis
N'en ont de telle en leurs écrits.
Notre jaloux devint commode.
Même on dit qu’il suivit la mode
De son maître, et toujours depuis
Changea d'objets en ses déduits.
Il n'était bruit que d'aventures
Du chrétien et de créatures.
Les plus nouvelles sans manquer
Etaient pour lui les plus gentilles.
Par où le drôle en put croquer,
II en croqua, femmes et filles,
Nymphes, grisettes, ce qu’il put.
Toutes étaient de bonne prise;
Et sur ce point, tant qu'il vécut,
Diversité fut sa devise.
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W.Aractingi