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Les contes de la seconde partie. Achevé d'imprimé du 21 janvier 1666.

Le Faiseur d'oreilles et le Raccomodeur de moules
Les Frères de Catalogne
Le Berceau
Le Muletier
L'Oraison de Saint Julien
La Servante justifiée
La Gageure des trois Commères
Le Calendrier des Vieillards
A Femme avare, galant Escroc
On ne s'avise jamais de tout
Le Villageois qui a perdu son veau
L'anneau d'Hans Carvel
Le Gascon puni
La fiancée du roi de Garbe
L'Ermite
Mazet de Lamporechio


A Femme avare, galant Escroc


Qu'un homme soit plumé par des coquettes,
Ce n'est pour faire au miracle crier.
Gratis est mort: plus d'amour sans payer:
En beaux louis se content les fleurettes.
Ce que je dis, des coquettes s'entend.
Pour notre honneur si me faut-il pourtant
Montrer qu'on peut nonobstant leur adresse
En attraper au moins une entre cent;
Et lui jouer quelque tour de souplesse.
Je choisirai pour exemple Gulphar.
Le drôle fit un trait de franc soudard,
Car aux faveurs d'une belle il eut part
Sans débourser, escroquant la chrétienne.
Notez ceci, et qu'il vous en souvienne
Galants d'épée; encor bien que ce tour
Pour vous styler soit fort peu nécessaire;
Je trouverais maintenant à la cour
Plus d'un Gulphar si j'en avais affaire.
Celui-ci donc chez sire Gasparin
Tant fréquenta, qu'il devint à la fin
De son épouse amoureux sans mesure.
Elle était jeune, et belle créature,
Plaisait beaucoup, fors un point qui gâtait
Toute l'affaire, et qui seul rebutait
Les plus ardents; c'est qu'elle était avare.
Ce n'est pas chose en ce siècle fort rare.
Je l'ai jà dit, rien n'y font les soupirs.
Celui-là parle une langue barbare
Qui l'or en main n'explique ses désirs.
Le jeu, la jupe, et l'amour des plaisirs ,
Sont les ressorts que Cupidon emploie:
De leur boutique il sort chez les François
Plus de cocus que du cheval de Troie
Il ne sortit de héros autrefois.
Pour revenir à l'humeur de la belle,
Le compagnon ne put rien tirer d'elle
Qu'il ne parlât . Chacun sait ce que c'est
Que de parler le lecteur s'il lui plaît,
Me permettra de dire ainsi la chose.
Gulphar donc parle, et si bien qu'il propose
Deux cents écus. La belle l'écouta:
Et Gasparin à Gulphar les prêta
(Ce fut le bon ), puis aux champs s'en alla,
Ne soupçonnant aucunement sa femme.
Gulphar les donne en présence de gens.
Voilà, dit-il, deux cents écus comptants,
Qu'à votre époux vous donnerez, Madame.
La belle crut qu'il avait dit cela
Par politique, et pour jouer son rôle.
Le lendemain elle le régala
Tout de son mieux, en femme de parole.
Le drôle en prit ce jour et les suivants
Pour son argent, et même avec usure:
A bon payeur on fait bonne mesure.
Quand Gasparin fut de retour des champs,
Gulphar lui dit, son épouse présente:
J'ai votre argent à Madame rendu,
N'en ayant eu pour une affaire urgente
Aucun besoin, comme je l'avais cru:
Déchargez-en votre livre de grâce.
A ce propos aussi froide que glace,
Notre galande avoua le reçu.
Qu'eut-elle fait ? on eut prouvé la chose.
Son regret fut d'avoir enflé la dose
De ses faveurs; c'est ce qui la fâchait:
Voyez un peu la perte que c'était !
En la quittant, Gulphar alla tout droit
Conter ce cas, le corner par la ville
Le publier, le prêcher sur les toits
De l'en blâmer il serait inutile:
Ainsi vit-on chez nous autres François.
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W.Aractingi