Moraliste et
critique français dont l'œuvre historique annonce les théories de Montesquieu. Issu
d'une vieille famille de la noblesse française, il fut destiné à la magistrature mais
choisit les armes. Il appartint à l'état-major du prince de Condé jusqu'à la Fronde;
il prit alors parti pour la Cour, dont il devint maréchal de camp en 1652. En 1661, la
découverte de sa Lettre au marquis de Créqui sur la paix des Pyrénées, critiquant la
politique de Mazarin, l'obligea à fuir. Il trouva refuge en Angleterre, où il mena une
vie d'épicurien, fréquentant l'élite de l'aristocratie et des gens de lettres.
L'écriture fut pour lui un divertissement et la publication de ses œuvres une
préoccupation tout à fait secondaire!; elles ne furent éditées qu'après sa mort.
Ses opuscules abordent des thèmes variés : la
littérature (Sur nos comédies, Défense de quelques pièces de
Corneille)
— il préféra toujours le théâtre de
Corneille à celui de
Racine);
l'histoire contemporaine (Parallèle de M. le Prince et de M. de Turenne) ou ancienne (Réflexions sur les divers génies du peuple romain), la
religion (Conversation du maréchal d'Hocquincourt avec le père Canaye) furent au premier
plan de sa réflexion. Saint-Évremond livra sans doute le meilleur de sa pensée dans une
correspondance abondante. Indépendant, manifestant toujours un certain scepticisme,
parfois ironique, il rejeta tout esprit de système et refusa les modes. Il appartint, par
son attitude, au mouvement libertin. L'œuvre de cet auteur, le type même de
l'«honnête homme» qu'appréciait le XVIIe siècle, se lit encore avec plaisir. L'histoire littéraire voit en lui se
préfigurer l'attitude morale des philosophes du XVIIIe siècle.